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37 commentaires

Publié le jeudi 18 février 2010 dans la rubrique :

Les coulisses du journalisme

Florence Aubenas chez les ploucs

Invitée au Grand Journal, une journaliste, une vraie, une comme-on-n’en-fait-plus, est venue présenter l’enquête de sa vie, son œuvre suprême, qui lui a demandé tant de courage, d’abnégation, de force : Florence Aubenas a passé six mois chez les ploucs. Ce qui lui vaut aujourd’hui un chœur de louanges unanimes. Pensez donc : elle a vécu pendant six mois comme tout le monde, et elle a ensuite écrit un bouquin pour raconter cette immersion dans l’enfer de « la France de tout en bas ».

Pas une seule voix pour s’élever contre ça ! Chez Acrimed, ils n’ont pas bougé... C’est peut-être trop tôt, ils vont peut-être réagir. Ce n’est pas possible que personne ne soit profondément choqué par la démarche de cette dame qu’apparemment tout le monde encense !

À un Michel Denisot servile qui lui déroule le tapis rouge, elle explique qu’elle a fait des reportages partout aux quatre coins du globe qui est rond, mais que là, oh la la, quelle claque ! Dans un patelin du Calvados, Ouistreham, elle a eu l’impression de n’être jamais allée aussi loin ! Rendez-vous compte : elle a découvert une autre planète, Florence. Pas encore remise de son choc, elle a témoigné, des trémolos dans la voix, que les gens dont elle a vécu pour de vrai la misère pendant une éternité (bah oui, six mois) et qu’elle évoque en énumérant leurs prénoms, tellement elle a été proche d’eux, que ces gens donc en chient depuis... avant la crise. Oui, Mesdames et Messieurs, voici là l’une des grandes révélations que l’admirable travail « de terrain » de cette enquêtrice hors de pair permet de dévoiler enfin au grand jour : le peuple ne voit aucune différence entre la crise et avant la crise. Pour cette masse silencieuse, tellement cachée que la journaliste savait tout juste qu’elle existait, ça fait une éternité que la galère est quotidienne. Bien plus de six mois, ça, c’est sûr. Elle ne le savait pas, et donc le monde ne le savait pas, et elle a donné de sa personne pour enfin rompre le silence. Elle a le sens du sacrifice, Florence.

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Bon sans, mais quel mépris tu as pour les gens, Florence !

Elle a pris six mois de congé sans solde, s’est amochée avec des lunettes de pauvre et une coiffure de provinciale, et est arrivée sous sa véritable identité à Ouistreham. Dans la France de tout en bas, on est tellement très très en bas qu’on ne sait même pas qui c’est, Florence Aubenas. Une grande leçon d’humilité, qu’elle a reçue, la grande journaliste. Elle s’est présentée au Pôle Emploi sous son vrai nom, donc, mais avec un faux CV. Pour faire croire qu’elle était sortie du ruisseau, elle a raconté qu’elle avait « juste le bac ». Et elle a déclaré au méchant guichetier qu’elle était « prête à tout » pour travailler. Et elle est tombée sur le cul quand le mec lui a répondu que tout le monde était « prêt à tout ». Après, elle a vécu l’enfer des horaires à la con auxquels sont soumises les femmes de ménage. Terrible. Elle a découvert que des gens acceptaient même de bosser pour moins que le Smic.

Au bout des six mois, elle a témoigné dans un livre-choc, poignant mais un petit peu drôle quand même. Vous allez voir que cette somme fera partie des lectures obligatoires dans les écoles de journalisme. Ça va leur apprendre le métier, aux jeunots. Le livre est poignant mais émouvant et si beau : c’est qu’il y a de vrais morceaux d’humain dedans. Elle a découvert ça, aussi, Florence : les gens ils en bavent comme si on était au Moyen Âge, alors que ça se passe là, maintenant en France, pile sous nos yeux et nous on voyait rien, mais il y a une grande chaleur dans leur cœur, ils sont même pas méchants, la misère ne leur a pas ôté leur vraie richesse : la bonté et la solidarité. Émouvant, je vous dis. L’enquêtrice, qui n’a pas fait le travail à moitié, a même découvert que si t’avais pas de voiture, t’avais pas de boulot. Et que c’était affreux parce que si t’avais pas de boulot, tu pouvais pas te payer une voiture. Mais les pauvres se serrent les coudes, ils sont pas bégueules, tiens, ils se prêtent leurs bagnoles pour s’entraider. Putain que c’est beau.

Mais je sens que je ne suis pas capable de trouver les mots justes pour vous présenter le déjà best-seller de cette mère-courage du journalisme. Alors je vais laisser la parole à un confrère (parce qu’on fait partie de la même grande famille, Florence et moi : on est journalistes, sauf que elle, contrairement à moi, elle a des couilles). Lisons Denis Olivennes :

Florence Aubenas : Le Quai de Ouistreham

Comment vit-on en France, aujourd’hui, quand on a un revenu inférieur au Smic – voire pas de revenu du tout ? Pour le savoir, Florence Aubenas quitte temporairement sa famille, ses amis et son emploi de grand reporter au Nouvel Observateur pour vivre pendant six mois dans la France de tout en bas. Embauchée d’abord comme femme de ménage dans une ville de province, cumulant les contrats précaires, elle plonge dans un autre monde. Un monde où le travail est rare et les nuits brèves, l’exploitation maximale et la solidarité active. Où les lieux de rencontre sont le Pôle emploi et l’hypermarché local. Entre colère et résignation, chacun lutte pour sa survie.

Document exceptionnel sur des Français invisibles, ce livre est aussi une extraordinaire galerie de portraits, un récit où la condition humaine se dévoile dans toute sa nudité. Comme le classique Dans la dèche à Paris et à Londres (George Orwell), Le quai de Ouistreham devrait faire date dans l’histoire du journalisme.

(extrait du site de France Culture)

Toute la France qui n’est pas de tout en bas, c’est à dire la France d’une minorité de Français, mais qui ont le pouvoir de raconter des conneries en parlant très haut, s’incline devant la prouesse journalistique :

- Florence Aubenas, une voix pour les sans-voix (France 2 - on va pas s’arrêter sur les fautes d’orthographe, c’est des journalistes qui causent, merde, ils savent ce qu’ils font)
- « Le Quai de Ouistreham », de Florence Aubenas : trajectoires de guingois (Le Monde - avec cet aveu poignant à la fin de l’article : « Une fois le livre terminé, on se dit que non, jamais on ne verra plus les choses du même oeil. »)
- Florence Aubenas dans la peau d’une précaire (France Info - où l’on apprend que l’héroïne a même fait des stages bidons, comme quoi elle a souffert pour briser l’omerta, c’est pas du chiqué)
- Une vie de serpillière (Télérama - L’auteur de la critique décrit l’expérience de Florence « comme une plongée en apnée »)

J’arrête là l’énumération. Tout le monde est d’accord : Florence Aubenas va avoir le prix Albert-Londres, elle mérite toutes les médailles, c’est une sainte, et tellement modeste avec ça.

Et moi, saucisse au fond de ma campagne, je ne suis pas d’accord. Moi, quand je l’ai regardée et écoutée hier soir au Grand Journal, devant les yeux remplis d’amour d’Ali Baddou qui est pourtant un garçon plutôt sympathique, j’ai vociféré comme une furieuse. Il faut dire que moi j’ai rien compris au journalisme.

Moi, ça fait dix-huit ans que je bosse dans la presse. Je récapitule : deux ans bénévolement, « pour me faire la main » avant qu’on m’embauche dès que possible dans un mensuel spécialisé (mais « dès que possible »... c’était « jamais ») ; trois ans dans un grand quotidien régional, dont un an comme sous-chef d’agence et deux ans comme responsable de rubrique, avec un statut (!) de « correspondante locale de presse », payée en indemnités à environ la moitié du Smic, travaillant sept jours sur sept (une vingtaine de CDD) ; six mois dans le magazine que j’ai créé (pas de salaire, c’est normal et légitime, en revanche je payais mes journalistes... au minimum syndical - cette période a duré un an et demi si l’on prend en compte la mise en place du projet) ; trois ans dans un bi-hebdo spécialisé départemental, avec un vrai contrat de travail (en CDI), un salaire aligné sur les conventions collectives et même des Tickets restaurant ; quelques mois dans un mensuel local avec un contrat d’Intérim, payée à l’heure (Smic) ; cinq ans dans un autre grand quotidien régional, dont trois mois de stage non rémunéré, six mois en CDD à temps partiel, deux ans en CNE, et maintenant je fais partie des privilégiés qui bossent en CDI, mais sans statut de journaliste, payée moins de 1 200 euros par mois. Tout ça ne fait pas dix-huit ans : les trous ont été bouchés avec des périodes de chômage, indemnisé puis pas indemnisé, des stages parfois payants, souvent pas payés, des bilans de compétence.

Moi, j’ai pas « seulement le bac », j’ai « seulement bac+4 ». Mais contrairement aux vrais journalistes, dont Florence Aubenas fait partie, je sais qu’on peut même avoir même pas seulement le bac : j’ai quitté l’école avec « seulement un BEP », avant de reprendre mes études cinq ans plus tard. Dans l’intervalle, j’ai fait le ménage chez des vieux (au noir), j’ai été palefrenière (au noir aussi), j’ai été chômeuse non indemnisée parce que je ne pouvais pas trouver de boulot vu que je n’avais pas les moyens de me payer le permis, j’ai été SDF (sauf qu’à l’époque on disait « clocharde »).

Et moi pendant toutes ces années passées dans les entreprises de presse, j’ai côtoyé des flopées de gens qui étaient très exactement dans la même situation que moi : des mères de famille sous le seuil de pauvreté ; des « correspondants » vivant dans la précarité depuis cinq, huit, dix ans, sans couverture sociale ; des cameramen travaillant pour les JT nationaux, sifflés comme des chiens pour aller illico tourner les images de manifs des intermittents du spectacle, alors qu’ils sont eux-mêmes... intermittents du spectacle, et n’ont que le droit de fermer leur gueule s’ils ne veulent pas se retrouver sans boulot le lendemain. Et tout ce petit monde à bac+3, bac+4, bac+5.

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Ouistreham, pays de misère qui cache ses pauvres pour pas faire peur aux touristes. (photo prise sur le blog Billspence)

Le bouquin de Florence Aubenas est-il une imposture ? Je n’en sais rien. Il est possible qu’elle soit sincère, il est même possible qu’elle n’ait jamais su que la France de tout en bas, c’était comme ça. Je lui accorde le bénéfice du doute. Peut-être qu’à Libération puis au Nouvel Obs, il n’y a pas de stagiaires, ni de CDD, ni de coursiers, ni de femmes de ménage. Peut-être qu’il y en a, mais que les journalistes n’ont pas le droit de les voir ni de leur parler.

Alors les critiques qui s’extasient sur le bouquin de Florence sont-ils des imbéciles ? Non, c’est impossible. Je pense plutôt qu’à Canal, à France 2, à Télérama, au Monde et ailleurs, il n’y a pas non plus de stagiaires chroniques, de CDD en enfilades, d’intermittents qui bossent depuis des années en attendant devant leur téléphone qu’on leur dise d’aller sur-le-champ tourner les images d’un sujet. Peut-être que dans toutes ces rédactions il n’y a pas non plus de femmes de ménage, pas d’emplois précaires, peut-être que tout le monde vit et travaille dans la France qui n’est pas de tout en bas. Ou alors peut-être que les gens normaux ne peuvent pas voir les esclaves qui les côtoient, en raison peut-être d’un champ électro-magnétique ou un truc du genre qui fait que les larbins et les gens normaux partagent le même espace sans pouvoir communiquer. Un peu comme s’ils vivaient dans deux réalités parallèles, comme dans Code Quantum. Allez savoir. Les gens qui travaillent à France Culture, à RTL, à France Télévisions ou dans les journaux quotidiens souffrent d’un terrible mal : la cécité. Quand on y pense, ça doit être dur à vivre. Je voudrais pas être à leur place, dites donc.

Quand je pense que Florence s’est ainsi sacrifiée, qu’elle est allée plonger en apnée à l’autre bout de la France profonde (le Calvados), alors qu’elle aurait pu tout simplement lever le nez de son nombril et discuter deux secondes avec la nana qui occupe le bureau en face du sien. C’est ballot, hein ?

Tu imagines, Florence, si tu avais simplement causé autour de la machine à café avec tous les gens que tu vois défiler dans ton canard sans jamais connaître leurs noms ? Qui font le même métier que toi sauf qu’ils crèvent la faim ? Ça t’aurait évité de prendre six mois de congés sans solde. Tu n’aurais pas perdu six mois de salaire (grand reporter dans un hebdo parisien : minimum 2 311,80 euros brut par mois, mais franchement, ça m’étonnerait que le Nouvel Obs t’ait débauchée de Libé pour si peu, vu qu’à Libé tu touchais déjà au moins 2 894,80 euros brut par mois, et qu’avec l’ancienneté et le fait que tu faisais des reportages à l’étranger (et même dans le Calvados), tout ça, moi je dis que tu gagnes vachement plus, ce qui est parfaitement et complètement légitime - un journaliste qui risque de prendre une bombe sur la gueule quand il fait son boulot doit quand même être très bien payé, ça tombe sous le sens). Si tu avais simplement discuté avec tes voisins, Florence, imagine le temps gagné ! C’est dingue, non ?

Ah mais peut-être que tu dois te soumettre à un devoir de réserve... Peut-être que tu n’as pas le droit de raconter qu’au Nouvel Obs il y a autant d’esclaves que dans les journaux que moi je connais. Ou alors peut-être que tu n’as jamais lu les communiqués du Syndicat des journalistes qui répètent sans arrêt que la profession, TA profession, Florence, se précarise de façon ahurissante, peut-être que tu ne lis pas Acrimed (t’as raison, c’est rien que des salauds qui font rien qu’à taper sur les collègues). Ou alors, mais ça je n’ose pas y croire, tu t’es dit que la flopée de journalistes précaires qui t’entourent chaque jour, chaque heure, chaque seconde, risquait de te piquer l’idée de ton bouquin. Ton voisin de bureau qui raconte la même chose que toi, avec le vécu et tout ça (et pas depuis six mois, mais depuis des années, et sans la certitude d’avoir ton boulot et ton salaire à la fin de l’expérience), t’as pas supporté, c’est ça ? Comment, tu sais même pas que la grosse bonne femme moche qui te sert ta gamelle tous les jours à la cantine a une licence de Lettres, mais qu’elle fait ça pour ramener un salaire à la maison, et qu’elle aurait été capable de l’écrire, elle aussi, ton bouquin ? Rassure-toi : si elle le fait, elle sera virée. Chacun son métier, quoi.

Chère Florence, amis Jardineux, lecteurs adorés, monsieur mon chef, passant égaré : faites-moi confiance, c’est pas demain que je lirai le bouquin-témoignage-tellement-fort-qui-nous-ouvre-les-yeux. Il y a comme un blocage, voyez-vous. Par contre, nonobstant et néanmoins, en revanche donc, je viens quand même d’ouvrir un œil et c’est ça finalement qui me met le plus en colère : je savais pas que les journalistes, les vrais, les qui causent dans le poste, passent à la télé, les qui sont donc vachement compétents, je ne savais pas qu’ils pouvaient ainsi, devant le regard indifférent de millions de Français ordinaires, se montrer aussi hypocrites, lèche-bottes, bas du front et autistes. Comme quoi je ne connais pas la profession aussi bien que ça. Je viens de découvrir que les journalistes sont des gens qui expliquent aux cons que nous sommes dans quel monde nous vivons, sans savoir eux-même quel est le monde qui les entoure.

Et ce qui me rend très, très triste, c’est que les Français ordinaires, ils ont l’air de penser que c’est génial, ce qu’elle a fait, Florence. Alors qu’elle a superbement occulté les gens avec qui elle travaille tous les jours, les gens avec qui elle vit quotidiennement sans les voir, pour s’exiler dans une réserve en se déguisant en poufiasse de tout en bas. Autant de mépris, autant d’aveuglement, c’est à vomir. Ce n’était pas son intention ? Elle ne l’a pas fait exprès ? Diable... C’est encore pire, alors.

Et au fait, Florence, tu racontes qu’en six mois, avec une tronche pareille et sans aucune qualification (« seulement le bac »), tu as enchaîné les petits boulots... C’est bien, dis donc ! Alors dis-moi : les milliers de chômeurs qui arrivent en fin de droits, qui ne trouvent strictement rien depuis un an, c’est quoi ? Des grosses feignasses ? Tu lis pas les journaux (les textes écrits par les correspondants et pigistes représentent 70 % de la surface imprimée d’un quotidien régional), Florence ? Ou tu nous prends seulement pour des cons ?

Post-scriptum

Et puis ça doit leur faire plaisir, aux gens de Ouistreham, d’apprendre qu’ils vivent dans le trou du cul du monde...

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Vos réactions

 
Florence Aubenas chez les ploucs
18 février 2010 19:53, par Ardalia

Sacré nom de D... de pu... de bord... de m... ça fait du bien ! Je n’aurai jamais osé écrire ce texte, mais franchement, merci ! Je l’ai juste vue au journal de midi, sans comprendre exactement d’où venait cette nausée... C’était par bouffées : « contrat de travail de 6H à 8H du matin, je ne savais même pas que ça existait ! », « ils ne m’ont pas reconnue ! », « tout le monde est prêt à tout faire, madame ! » avec les grands yeux pleins d’effroi compatissant. En tout cas, c’est plus rigolo d’aller voir le « tiers-monde » de province que le quart-monde d’à coté, parce qu’au moins, quand tu rentres chez toi, ils sont loin les pauvres.

Florence Aubenas chez les ploucs
18 février 2010 20:38, par mère à la noix

Quand la précarité , la pauvreté , l’insalubrité sont EXOTIQUES ... c’est que c’est un sale con de riche qui filme et commente . Il faut avoir de la merde dans les yeux pour ne pas voir ce qui est visible à l’oeil nu , autrement que derrière un déguisement ou une camera . Je suis énervée .

Merci pour cette description , j’aime qu’on montre du doigt les cons , ça me donne l’impression de ne pas en être .

Bravo pour cet article !


Voir en ligne : http://jamais203.canalblog.com

Florence Aubenas chez les ploucs
18 février 2010 20:39, par mère à la noix

Zut , il faut retirer le nom du site , il s’agit de mon blog quin’arienàvoiraveclesujet ... Je n’avais pas saisi .

Florence Aubenas chez les ploucs
18 février 2010 21:47, par Umanimo

J’ai passé 6 mois dans une association qui emploie essentiellement des chômeurs « longue durée » et je peux dire que des gars et des filles avec des diplômes qui débordent des poches ça cours les ANPE (les Pôles Emploi pardon, ça fait plus chic). Pas besoin d’être sous diplômé pour être sur chômeur ou chômeuse. La grosse bonne femme moche que tu décris, j’ai l’impression de la voir dans le miroir de ma salle de bain tous les matins.

Je ne sais quoi penser moi non plus de ce genre d’écrit : aveuglement, cynisme, mépris, naïveté. Que leur faut-il comme « qualité » pour être capable de le produire.

C’est ahurissant encore une fois de voir à quel point le micro-microcosme parisianiste a de la merde dans les yeux et à quel point ils prennent leur tout petit monde pour LE monde.

PS : Florence Aubenas, le nom me disait vaguement quelque chose, mais je dois être d’Ouistreham dans ma tête sûrement, parce que, même habillée comme d’habitude, sans s’enlaidir façon France d’en bas (mon Dieu, qui n’existez pas, comme cette idée même est méprisante aussi), je « ne l’aurais pas reconnue » non plus.

Florence Aubenas chez les ploucs
18 février 2010 23:13, par DB du Jardin

Ardalia -> Vazy ma fille, défoule-toi ! ;-)

Mère à la noix -> Tu m’as fait peur, j’ai cru que ma mère s’était mise à Internet et m’avait retrouvée. Ne me fais plus jamais un coup pareil. L’adresse de ton blog, trop tard : j’ai cliqué, j’ai parcouru en vitesse et en diagonale, ça m’a l’air pas mal du tout, je laisse le lien.

Uma -> Tu connaissais pas Florence ? Les critiques qui ont tellement aimé son bouquin t’expliquent pourquoi : les pauvres, ils sont tellement pauvres qu’ils regardent pas la télé. C’est pour ça. La télé, c’est pour les gens normaux et les supporters de foot. Tu es rassurée ?

Florence Aubenas chez les ploucs
19 février 2010 00:20, par Azamael

Ca s’appelle de la cuistrerie. Libé, le Nouvel Obs et Télérama ne se sont pas trompés qui encensent Marie Chantal chez les pauvres. Quant au sémillant Olivennes, il a une nouvelle fois endossé l’habit du précieux ridicule en comparant « Le quai de Ouistreham » à l’extraordinaire « Dans la dèche à Paris et à Londres ». Parce que Orwell, c’était pas pour « faire genre »...

Florence Aubenas chez les ploucs
19 février 2010 07:45, par pascale

Un contenu remarquable dans un contenant époustouflant de colère froide, chapeau bas.

Florence Aubenas chez les ploucs
19 février 2010 16:00, par glargawoink

Et quid justement de ces gens qu’on dit sans voix ?Ah bon la pauvreté rend muet ? je savais pas ils ont une voix seulement personne n’est là pour les entendre et aubenas pas plus que les autres malgré ses grands sentiments. Elle parle d’amitié , de gens « vrais » ( c’est quoi des faux gens, à partir de quel salaire devient on artificiellement crée ?), alors qu’elle les a bernés, qu’ils ont cru avoir une collègue à côté d’eux alors qu’ils n’étaient là que comme cobayes. Ca faisait longtemps que je m’étais plus énervé comme ça. Ca me rappelle d’ailleurs quelque chose ; tiens tiens outreau justement , la dernière grande vague de bacchannales chez les ploucs ou des gens parfaitement compréhensibles si on est pas complètement lobotomisé, étaient sous-titrés...Quelle gifle , quelle claque putain, quelle connasse, tiens. *Autre chose qui est symptomatique, elle s’est faite une gueule de plouc, toutes les femmes de ménage n’ont pas forcément cette gueule de vieille prostituée accro aui crystal meth. Le seul espoir que j’ai en voyant cette logorrhée dithyrambique c’est que ces gens s’énervent et qu’on les entende aux parler , on se rendra compte qu’ils ont une voix, et qu’elle n’aura certainement pas besoin de sous titres.

Florence Aubenas chez les ploucs
22 février 2010 10:48, par Un ancien « plouc »en plein décéption

Je ne comprends vraiment pas ce livre, ça aurait pu être un reportage et un témoignage très interessant. De plus, Florence Aubenas est une journaliste qui méritait un certain respect. D’une manière a demi romancée elle ne fait que dépeindre un segment de population qui parait complétement sous la moyenne intelectuelle de la population française, comme un fond de panier. Pour avoir travaillé au même titre qu’elle dans des conditions plus difficiles concernant par exemple le transport, je peux vous dire qu’elle dépeint des conditions de préacarités qui sont loin d’être les plus difficiles. DE plus, concernant les conditions de travail, passer d’un statut et d’un salaire de reporter à celui d’agent de service, les conditions et exigences ainsi qu’une certaine pénibilité sont forcément perçues comme insurmontables. Je trouve vraiment dommage et décevant, surtout de la part de cette femme que j’ai beaucoup apprécié qu’elle soit passé à côté de son objectif de dénonciation des emplois précaires, pour ne terminer que sur des « portraits clichés ».

Florence Aubenas chez les ploucs
22 février 2010 14:02, par Tchof

Je suis... abasourdi... Cela me touche d’autant plus que j’ai fait mes études à Caen, juste à coté de Ouistreham, et suis natif de l’Orne, juste en dessous. Je suis bac +5, quelques missions en intérim, CDD, mais là, à cet instant, je suis au chômage ! J’ai en effet plus de difficulté à trouver un emploi sans voiture, même si j’ai le permis...

Je rentre pile dans la catégorie « de la France d’en bas », sauf que « la chance » d’avoir un bac +5, pour ce que ca change entre nous...

Comment une minorité peut occulter de sa vie une majorité ?! Comme si c’était une grande découverte ! A croire qu’en fait, ce bouquin n’est destiné qu’aux gens de sa structure sociale à elle, des gens qui doivent penser qu’il n’y a que d’autres gens comme eux majoritairement, et qu’ils ont entendu un jour une légende sur d’autres gens qui vivent moins bien...

J’ai beaucoup de mal de formuler mes idées, vous m’en voyez désolé, mais je dois être encore sous le choc...

En tout cas, je tiens féliciter l’auteure de cet article qui ne m’a pas fait décrocher une seule seconde les yeux de la page. Merci.

Florence Aubenas chez les ploucs
22 février 2010 14:20, par balmeyer

Mort de lol, excellent article. Quel courage, s’amocher pour aller chez les vrais gens... Moi je vais m’abeaucher pour mieux connaitre les faux gens, tiens.

Florence Aubenas chez les ploucs
22 février 2010 14:31, par Puce34

Je suis une plouc, je le revendique bien haut et bien fort.... J’ai grandi dans un village de 150 habitants dans le Nord Isère....

J’ai passé mon bac puis suis allé bosser en usine.... parce que les études c’était pas mon trip.... Puis j’ai eu un poste d’assitante commerciale, puis mon dernier boulot, çà a été assistante de direction au théâtre du Noga Hilton sur la croisette à cannes.... Cà le fait non ?

Et un jour j’ai décidé d’avoir des enfants, donc carrière entre parenthèses puis difficulté à retrouver un boulot alors retour chez les ploucs... petit village paumé de l’Hérault ( mais au bord du canal du Midi s’il vous plait !!!!) et je me retrouve caissière chez Li*dl et j’AIME mon boulot....

Je suis une plouc, mais je connais autre chose que mes villages, Paris, je pourrais y être guide, j’y passais toutes mes vacances scolaires quand j’étais pas dans la drôme chez mes grands parents.

On est donc forcément ploucs quand on vit à la campagne, qu’on est pas journaliste ? ben je suis plouc....et je le revendique...

Merci Dominique.....

Florence Aubenas chez les ploucs
22 février 2010 14:38, par DB du Jardin

« Ancien plouc » -> Merci pour votre intervention ; cependant, votre propos n’est pas toujours très clair : avez-vous voulu dire que vous aviez réalisé un reportage « en immersion » dans le milieu professionnel du transport ? Êtes-vous également journaliste ? Remarquez, ce n’est pas vraiment très important : je suis plutôt d’accord avec vos remarques (si je ne l’étais pas, je ne serais pas très cohérente !).


C’est curieux : ici, les intervenants partagent mon point de vue. Dans tous les autres sites et blogs où, sans exception, l’on chante les louanges de Florence Aubenas, la plupart des commentateurs sont séduits par sa démarche ! Les gens s’expriment généralement pour dire qu’ils vont dans le sens de l’auteur du billet ou de l’article qu’ils viennent de lire. Rares sont ceux qui s’engagent dans un débat contradictoire. Cela pourrait pourtant être intéressant, mais il est vrai que l’écriture et le dialogue « à distance » représentent des obstacles qui rendent difficile toute conversation un peu sérieuse. Une seule personne s’est exprimée pour me signifier son mécontentement après avoir lu mon billet ; mais elle l’a fait sur Facebook. C’est dommage : les réactions postées sur cette plate forme sont immédiatement englouties et perdues, impossible à suivre. J’aurais préféré qu’elle réagisse ici. Tant pis. Il n’empêche que son intervention m’a permis de réaliser que je n’avais pas été suffisamment précise en écrivant. Certes, la démarche de Florence Aubenas me fait diablement grincer des dents, mais ce qui a véritablement provoqué ma colère, c’est surtout le suivisme de l’ensemble des journalistes qui ont porté leur consœur aux nues, alors que tous côtoient à longueur de journée, sur leur propre lieu de travail, des gens qui vivent dans la plus grande précarité, et dans l’indifférence générale. Je trouve ignoble et honteux que tous ces gens censés « informer » soient aveugles à ce point à leur environnement le plus proche ; ils haussent les épaules lorsque l’un de leurs « collègues » sans contrat de travail (ils sont légion) osent se plaindre de leur sort, et leur répondent : « C’est comme ça (et ça a toujours été comme ça », ou bien : « Trouve un autre boulot, ça embauche pas dans la presse ». Ce comportement et ces situations incroyables, ce n’est pas anecdotique : c’est la norme.

Florence Aubenas chez les ploucs
22 février 2010 14:43, par DB du Jardin

Tchof, Balmeyer-le-revenant, Puce34 -> Welcome home ! L’abondance des réactions, ici ou partout dans la blogosfer, m’a conduite à écrire une « suite » à ce billet. Pendant que j’écrivais, vous êtes venus apporter vos témoignages, je vous en remercie. Voyez mon prochain article comme une réponse... ;-)

Florence Aubenas au poteau ?
22 février 2010 18:02, par Martin Dufresne

Le procédé de prêter à quelqu’un qu’on critique des propos indignes à l’égard de son sujet - « les ploucs » - me déçoit. Rhétorique élémentaire... Et l’excuse que ce n’est pas à Aubenas que vous vous en prenez, mais aux collègues qui la félicitent ne convainc pas. La question de fond, que vous évitez, c’est l’utilité et le rendement, pour un-e journaliste exigeant-e, d’une démarche de déclassement volontaire permettant de vivre l’altérisation imposée par son propre groupe, dans une société de classes. Qu’a fait Aubenas de cette sortie temporaire de ses privilèges, en comparaison d’une Barbara Ehrenreich, par exemple (L’Amérique pauvre, Grasset, 2004) ? Mais vous la discréditez avant même que les gens n’aient pu la lire. L’avez-vous même lue vous-même ?


Florence Aubenas au poteau ? Hélas, oui.
22 février 2010 23:34, par DB du Jardin

Martin Dufresne -> Merci beaucoup d’apporter votre contribution, posée et argumentée. Non, je n’ai pas lu ce livre, je le dis d’ailleurs dans mon texte. Le livre lui-même ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est la démarche, d’une part, qui m’a d’emblée énormément gênée, et d’autre part, l’écho extraordinaire que Florence Aubenas a trouvé dans tous les médias, à commencer par le journal qui l’emploie, sans que personne ne prenne la moindre distance pour évoquer cette expérience.

J’ignore si vous avez lu le billet suivant (Comment survivre...), mais j’y réponds en partie à vos interrogations. La méthode de Florence Aubenas me paraît critiquable (elle n’allait pas enquêter sur le milieu de la drogue ou de la prostitution, elle allait juste examiner la vie de gens ordinaires, ce n’était pas la peine de se cacher et encore moins de se déguiser ni de mentir pour cela) ; ce qui me semble l’être plus encore, pardon d’insister, c’est surtout ce qui fait d’ailleurs réagir certaines des personnes qui se sont exprimées ici : cette façon de considérer la pauvreté comme un « exotisme » que l’on ne peut trouver qu’en province... En province, autant dire dans la brousse. Chez les sauvages. Chez les ploucs.

J’avoue que ce premier coup de colère était surtout dirigé contre la méthode, qui m’avait paru malhonnête, ainsi que contre la complaisance confraternelle de collègues qui ont oublié la clé de voûte de ce métier : le doute. Ce n’était pas tant une critique de Florence Aubenas qu’une critique du journalisme.

En lisant les innombrables articles parus au sujet de ce bouquin, un doute, justement, s’est imposé de plus en plus impérativement à moi. J’ai relu les articles, j’ai regardé à nouveau les interviews. D’où le second billet que j’ai écrit cet après-midi, sur le même sujet, ce que je ne fais jamais d’habitude. Parce qu’en effet, sans que j’aie pu immédiatement expliquer pourquoi, Florence Aubenas et son discours face aux caméras me mettait terriblement mal à l’aise ; ses propos rapportés par de nombreux journalistes n’étaient pas, justement, ceux d’une professionnelle en prise avec la société. Lorsqu’elle dit à Michel Denisot : « J’ai fait des reportages dans de nombreux pays, mais à Ouistreham, avec ces travailleurs précaires, j’ai eu l’impression de n’être jamais allée aussi loin », elle me fait peur.

Et puis il y a eu le coup des économies utilisées pour vivre dans le Calvados, cette tromperie, ce mensonge quotidien aux gens qu’elle côtoyait. Par franchise (?), elle avoue ce subterfuge. L’immersion n’en était pas une. Florence Aubenas tient un discours qui n’est pas cohérent.

Enfin, face aux interviewers, elle prononce des propos très graves, et cela discrédite en effet complètement tant la journaliste que son livre. À Zineb Dryef et Hubert Artus, pour Rue 89, elle déclare :

« (elle) s’est arrêtée dès qu’on lui a proposé un CDI, POUR NE PRENDRE LE TRAVAIL DE PERSONNE »

(c’est moi qui écris en lettres capitales).

C’est tellement, tellement énorme qu’à la première lecture je n’ai même pas réagi. Je n’ai compris cette phrase, et la déraison qu’elle trahit, que quelques instants plus tard.

Vous voyez, Martin Dufresne, dans ce premier article je m’insurgeais sur les travers d’une profession que par ailleurs j’adore. Mais aujourd’hui, je l’affirme, calmement, posément : Florence Aubenas a perdu les pédales. Et ses confrères lui rendent un très mauvais service en la laissant davantage s’exprimer publiquement. Ils devraient la laisser tranquille et aider l’opinion à oublier très vite cette navrante péripétie. Parce que si un certain microcosme journalistique ne voit pas l’énormité de ce qui est en train de se passer, les petites gens, elles, ne la voient que trop.

Florence Aubenas chez les ploucs
23 février 2010 22:06, par kiki

C’est inadmissible d’être aussi critique et vraiment méchant envers Florence Aubenas ! vous êtes des ploucs !

Florence Aubenas chez les ploucs
3 mars 2010 10:41, par librairie ouvrir l’oeil

bonjour,

et merci.

libraire à Lyon, je souhaiterais copier coller votre texte et l’afficher sur mon blog. m’autorisez-vous ?

il se trouve qu’avec ma mère j’en ai bouffé des ménages et que cette c.... et son parterre de viandes faisandées parisiennes se gargarisent de la « découverte » d’une réalité nauséabonde me rend littéralement dingue. je ne trouve plus les mots pour tenter d’expliquer pourquoi je ne peux pas vendre ça !!

de suite, j’insulte et invective.

vous, vous avez su trouver le ton juste.

alors je peux ?

bien sur vous pouvez dire non, et je me contenterais d’un renvoi et du signalement de votre texte.

quelle que soit votre réponse, vous avez rendu quelques personnes heureuses et rassurées quant à l’état de l’équilibre mental de ce pays. on est pas encore tous devenus complètement marteaux !

merci, merci, merci

Florence Aubenas chez les ploucs
3 mars 2010 15:21, par DB du Jardin

Ouvrir l’œil -> Excellent ! :-))

Franchement, je ne m’attendais pas à ça. Allez, hop, copiez-collez si ça vous fait plaisir... Et si vraiment vous êtes très énervé n’oubliez pas l’épisode n°2 (« Comment survivre à Ouistreham... »)

Je vous demande juste de bien vouloir faire un lien qui renvoie ici, dans ce Jardin.

Florence Aubenas chez les ploucs
5 mars 2010 00:31, par librairie ouvrir l’oeil

c’est fait, et hop.

encore merci.

Florence Aubenas chez les ploucs
8 mars 2010 12:02, par DB du Jardin

Ouvrir l’œil -> Oui, j’ai vu ça il y a quelques jours. Je viens juste de voir également que tu avais mis mon petit Jardin dans ta liste de liens... Ça c’est très gentil, je suis toute fière ! :-) Par contre, tu n’as même pas pensé à donner ici l’adresse de ton blog ! Mes Jardineux sont débrouillards, ils peuvent te trouver tout seuls, mais bon, un petit copier-coller ne me coûte rien (et me permettra de retourner rapidement chez toi pour voir l’évolution de ton site tout neuf) :
http://ouvrirloeil.blogspot.com/

Voilà !

Encore une chose : c’est dommage que tu ne donnes pas la possiblité à tes lecteurs de commenter tes billets...


Voir en ligne : Librairie Ouvrir l’œil

Florence Aubenas chez les ploucs
9 mars 2010 10:25, par DB du Jardin

Acrimed a réagi... et publie aujourd’hui sur son site un papier sur la médiatisation du livre de Florence Aubenas. Très intéressant, ouvert, et qui relaie les propos que la journaliste a tenu dans différentes interviews (et qui sont plutôt intelligents). Je vous le conseille, afin de « rééquilibrer » les choses après avoir lu mes deux gros coups de gueule... ;-)

Et pis même qu’ils citent mon petit Jardin, chez Acrimed ! Mon petit orgueil en est tout frétillant ! Mais calmons-nous... Respire, DB, respire. Làààà... Douuuucement. Voilà.

Le plus important, c’est qu’Acrimed traite le sujet très sérieusement, posément, et que finalement moi j’suis un peu jalouse de n’avoir pas été capable de le faire.


Voir en ligne : La médiatisation de l’enquête de Florence Aubenas : un cache-misère ?

Florence Aubenas chez les ploucs
9 mars 2010 14:42, par lina14

Bonjour, J’ai lu toutes vos réactions épidermiques qu’évoque pour vous l’expérience de Florence Aubenas et notament le fait qu’elle ait rédigé un livre. La liberté de penser et de parole appartient à chacun certes mais comment pouvez vous débatre et portez un jugement (surtout en temps que journalistes) sur un ouvrage que vous n’avez même pas dénier lire. Elle n’a jamais eu la prétention de dire que la misére était spécifique à Ouistrham et qu’elle était inexistante ailleurs. Elle a eu le mérite de vivre les situation de recherche d’emploi et de travail précaire même si en effet tel n’est pas son quotidien. Elle l’a fait sans prétention aucune et elle ne mérite surement pas d’être traitée de prostituée ou autre, c’est peut être ce qui fait toute la différence car elle respecte profondément les êtres humains quels qu’ils soient même à la lecture de vos articles.Entre-nous soit dit ses ventes explosent c’est peut être un signe qu’il serait temps de prendre connaisance du contenu de son livre avant de faire des gorges chaudes. Dans le cas contraire, dans le métier ça se dit comment ? hors sujet peut être ?

Mon curé chez les pauvres
9 mars 2010 14:48, par Hub

1) Bien envoyé ! Félicitations.

2) Je trouvais intéressant d’écrire sur le monde de la précarité mais n’ai pas compris pourquoi la donzelle est allé au bord de la mer quand, des pauvres, elle en croise partout tous les jours.

3) Les commentaires de la presse des bourgeoises, on ne parvient jamais à y échapper totalement, m’ont vacciné : je n’ai même pas jeté un œil sur le livre.

4) Hormis le texte publié par Acrimed je n’ai du reste trouvé qu’ici quelque lecture sensée.

5) Toutes ces tentatives, assez pitoyables, de s’immerger dans la pauvreté oublient notamment une donnée essentielle. La fragilisation, pas seulement psychologique, des personnes qui vivent en permanence dans la précarité.

6) Et quelle belle redécouverte de la roue ! Voilà 25 ans que l’on nous bassine avec la « mobilité » et autre « flexibilité » et puis quand on la voit, on pousse des (petits) cris...

Hub

Florence Aubenas chez les ploucs
9 mars 2010 21:47

Pourquoi t’es aussi aigrie ??? manque de succès ou de talent ???

Florence Aubenas chez les ploucs
9 mars 2010 22:21, par mrnutz

Salut chère confrère.

Enfin ! J’avais eu cette impression à la sortie du livre (que je n’ai pas lu non plus) et puis ça m’était sorti de la tête. Merci à Acrimed donc pour son article et pour le lien vers ce blog que je vais de ce pas ajouter à mes signets (je les trouve quand même un peu gentil de laisser Florence Aubenas en dehors de tout ça même si elle a de toute évidence d’encombrants défenseurs).

Personnellement, j’ai la chance de venir d’un milieu favorisé par rapport à beaucoup et mes courtes expériences de la « vie d’en bas » étaient presque aussi surfaites que celle de Florence Aubenas puisqu’il s’agissait surtout de faire un peu de sous pour égayer la vie étudiante et que le filet de sécurité des parents était toujours là. Mais quand même... S’il n’y avait eu que celle là, une semaine à brasser des parpaings de charbon dans l’une des dernières usines françaises du type m’ont suffi.

En tout cas j’avais aussi été étonné de ne pas voir votre (ton ?) point de vue s’exprimer, mais je pensais qu’il l’avait été dans la presse. Apparemment non... Faut vraiment avoir jamais fait de petit boulot pour être aveugle à ce point. Comme quoi à l’intérieur même du journalisme les couches sont plus imperméables que je le pensais.

Désolé c’est un peu long.

Un pigiste qui tourne à 500 euros par mois (vive le filet de sécurité encore une fois...)

Florence Aubenas chez les ploucs
9 mars 2010 22:30, par mrnutz

Je viens de lire le deuxième billet sur le sujet et du coup j’hésite à poster ce qui suit.

Dans l’article d’Acrimed figure quand même cette citation de Florence Aubenas :

Je crois qu’il y a un certain nombre de sujets sociaux – les sans-papiers, la précarité – qui posent problème pour les journaux. Ils veulent les traiter tout en craignant d’avoir l’air ennuyeux, sinistres pour le lecteur. Face à ce type de sujets que les journalistes proposent, j’ai vu des générations de chefs de service lever les yeux au ciel, commander cinq feuillets et les réduire à deux, voire ne pas passer le papier du tout. Si la presse jouait pleinement son rôle d’intervention, d’engagement, ces papiers passeraient

Je pense qu’elle n’a pas complètement tort et qu’en plus d’elle même et des commentateurs, il y a quelque chose de critiquable sur ce point au niveau du fonctionnement des médias en général et qui explique certainement le concert de louanges récolté par le livre. Comme un aveu de faiblesse.

Florence Aubenas chez les ploucs
10 mars 2010 00:17, par Marco

Je crois que pour bien juger ce livre de F. Aubenas, il faut quand même le replacer dans la perspective du reste de son travail, non seulement ses articles, mais aussi, par exemple, ses livres ’Résister c’est créer’ et ’la fabrication de l’information’ avec M. Benasayag (les deux sont excellents.) Elle a aussi monté une université populaire à la cité des 4000 et je crois qu’elle a eu l’occasion de voir de très près bien d’autres précarités françaises avant de faire ce dernier bouquin. Je crois que c’est dans ’la fabrication de l’information’ qu’ils expliquent qu’on croule sous de l’information qui ne nous fait rien et qu’une fois de temps en temps, il y en a juste une qui nous touche vraiment, qui fait son chemin presque par hasard et qui fait enfin prendre conscience. Pour cette raison, il me semble quand même qu’il vaut mieux qu’elle aie écrit ce livre plutôt que des articles d’hebdomadaire. S’il y a des ’naifs’ qui prennent un peu conscience d’une réalité pourtant évidente en lisant ce bouquin, alors il ne fait pas de mal, bien au contraire.

Florence Aubenas chez les ploucs
11 mars 2010 11:39, par DB du Jardin

Hub -> Je partage tout à fait ce que vous soulignez dans votre § 5.

En ce qui concerne votre point n°4, quelques observateurs sur Internet ont quand même réfléchi très sérieusement à « l’affaire Aubenas »... Je vous recommande la lecture de ce billet paru sur Media Trend : Florence Aubenas, George Orwell : une différence de classe, ou de celui que Balmeyer m’a signalé dans Crise dans les médias : Le déguisement de Florence Aubenas.


mrnutz -> La citation que vous avez relevée est effectivement intéressante ; les auteurs du papier d’Acrimed ont eu l’intelligence de rapporter des propos de la journaliste tout à fait sensés et pertinents. En revanche, la presse a depuis quelques années un moyen très fiable d’évaluer l’intérêt que représente tel ou tel sujet pour ses lecteurs : l’audience de ces sujets sur les sites Internet des journaux.

J’explique : je travaille actuellement pour le site d’un grand quotidien régional. Sur ce site, on met en ligne un grand nombre d’articles parus dans les éditions papier du jour. Les rédac’ chefs sont informés des statistiques de fréquentation, et savent quelles sont les pages les plus lues pour chacune des éditions et des rubriques. Lorsque paraît un sujet sur la précarité, le chômage, la pauvreté, la difficulté de vivre avec de maigres ressources, il est toujours dans le peloton de tête des pages vues... et généralement les lecteurs sont nombreux à réagir en postant leurs commentaires.

En tant que journaliste viscéralement attachée au « papier », je n’aime pas beaucoup Internet que je perçois comme un « concurrent » menaçant. Nous sommes nombreux, nous les vieux, à éprouver cette réticence. Mais depuis plus de quatre ans que je travaille du « côté obscur », j’ai au moins appris quels étaient les centres d’intérêt des lecteurs. Les chefs dont parle Florence Aubenas, progressivement, se mettent aussi à leur écoute et publient des papiers qui correspondent davantage aux attentes de leur public.

L’énorme médiatisation autour du bouquin d’Aubenas, tout comme le fait que ce livre s’arrache en librairie, aura probablement pour effet la multiplication des articles et reportages sur cette « France de tout en bas ». Les medias finiront même, peut-être, par en parler trop, comme souvent lorsqu’apparaît un thème « porteur ». Je suis assez idiote pour espérer qu’au moins cela poussera le monde politique à considérer sérieusement ce qui se passe chez la moitié des Français qui gagnent le Smic ou moins.


Marco -> Votre point de vue se défend très bien. Mais je répète que le point de départ de ma réaction n’est pas le sujet du livre, ni le livre lui-même. C’est la méthode, et surtout, surtout, les réactions extasiées dans les grands journaux et sur les chaînes de radio et de télévision.

On peut considérer que, grâce à ce livre, la presse parle abondamment de la précarité en France et que c’est une bonne chose. Mais la presse parle de Florence Aubenas, pas (ou peu) des pauvres. Cela viendra peut-être plus tard, comme je le dis dans ma réponse à mrnutz. Mais cela ne change rien au fond du problème : l’attitude de la journaliste lors de la promotion de son bouquin, les questions qui lui sont posées (et ses réponses parfois hallucinantes), et tout ce battage autour de cette « immersion » restent choquants à mes yeux. Je vous renvoie au papier publié sur Media Trend et que je cite dans ma réponse à Hub :

« Un journaliste digne de ce nom (…) s’interdit d’invoquer un titre ou une qualité imaginaires, d’user de moyens déloyaux pour obtenir une information ou surprendre la bonne foi de quiconque ». La Charte des devoirs professionnels des journalistes français de 1938 est sans équivoque. Pour la transgresser il faut de bonnes raisons. L’une des principales est qu’avancer masqué permet de pénétrer dans des milieux inaccessibles par les moyens « loyaux ».

On ne peut pas accepter, sous prétexte que cela « ne fait pas de mal », qu’un journaliste recoure à la dissimulation, au mensonge et à la tromperie. Parce que si, ça fait du mal : le monde du travail, ce n’est pas la pègre. C’est l’environnement immédiat de la plupart d’entre nous. Les pauvres ne sont pas des mafieux. Ce qui fait « du mal », c’est le fait de les aborder par la technique de l’infiltration, de les stigmatiser comme un peuple clandestin et dangereux. Et ce qui fait « du mal », c’est de constater que Florence Aubenas et sa nuée de laudateurs connaissent si mal leur pays qu’ils considèrent que seule cette méthode était la bonne pour en découvrir la réalité.

Florence Aubenas chez les ploucs
12 mars 2010 15:33, par PATOUW

Au lieu de donner des leçons à tout le monde, faites une vrai enquête sur Florence Aubenas, et vous apprendrez à la connaître et que si vous, vous avez des certitudes, elle a des doutes, des contradictions et elle les reconnait et assume les complètement

Florence Aubenas chez les ploucs
13 mars 2010 10:06, par Fabienne

A ceux qui évoquent Orwell, n’oublions pas non plus Jack London et son livre Le Peuple d’en-bas.

Florence Aubenas chez les ploucs
15 mars 2010 18:49, par Christophe

Venant moi aussi d’un milieu modeste, je suis comme l’auteure de cet article, incapable de lire ce livre. Comme si on m’insultait ou qu’on insultait ma famille aux nombreuses manieurs-manieuses de serpillière. C’est bizarre. Et pourtant je ne doute pas de la sincérité de FA, et je trouve son argument, « qui-parle-de-ça-sinon ?-personne... » presque recevable. Presque... je vais lire votre 2e texte. Merci en tout cas à Acrimed de m’avoir fait découvrir votre blog.

Florence Aubenas chez les ploucs
1er avril 2010 23:46, par lambertine

Je découvre aujourd’hui votre existence. J’ai beaucoup apprécié vos billets qui rejoignent plus ou moins ma pensée. La phrase qui m’a le plus choquée dans le buzz qui entoure le livre de Madame Aubenas, c’est « la crise, je ne la voyais pas ». Elle ne voyait pas non plus, je suppose, les travailleurs précaires du Nouvel Obs’ et supposait, je suppose encore, que son bureau était nettoyé par la grâce du Saint-Esprit (ou par des Elfes de Maison...). J’avoue que, quand on a connu la grande pauvreté, les louanges vantant l’héroïsme de Madame Aubenas donneraient envie de rire s’ils ne donnaient envie, no de pleurer, mais de cogner dans le tas.


Voir en ligne : Un titre ?

Florence Aubenas chez les ploucs
2 avril 2010 19:40, par lambertine

Et, bon, pour me faire ma pub quand même :


Voir en ligne : Femme de ménage ?

Florence Aubenas chez les ploucs
21 avril 2010 12:23, par maguy

Bonjour db

J’ai lu votre lien sur Acrimed et lu avec attention vos articles sur le livre de F. Aubenas. Certains n’auront peut-être pas compris qu’il ne s’agissait pas d’une critique du livre que vous avez l’honnêteté de reconnaitre ne pas avoir lu. Juste pour vous conforter, je me permets de mettre un lien vers un blog de (vrais) chômeurs/précaires et salariés aussi d’ailleurs où nous avions eu une discussion sur la démarche d’Aubenas plus que sur le livre que très peu d’entre nous ont lu.


Voir en ligne : http://http://www.actuchomage.org/f...

Florence Aubenas chez les ploucs
2 juin 2010 15:28, par krouchnawak

Excellent de chez excellent !! Ca fait du bien de lire ça, d’autant plus que moi aussi j’ai les nerfs, je suis allée l’entendre quand même à la fnac pour lui dire ce que j ’en pensais, étant moi même précaire, et ça m’a soulagée... Quant au public admiratif qui disait qu’elle avait pu supporter ça parce qu’elle avait vécu ds une geole en Irak.... Mais dans quel monde vit-on ???? La précarité est un vrai marché, c’est clair, même les journalistes s’y mettent pour se faire du blé sans que ça ne change rien sinon leur compte en banque....

Florence Aubenas chez les ploucs
16 juillet 2010 15:34, par Une lectrice

Je viens de lire (moi) le dit ouvrage. Je cherchais des textes intéressants discutant de la démarche. Et là, je tombe sur une diarrhée amère... 1. Peut-être que la critique honnête suppose de lire le bouquin que l’on critique ? 2. Si j’ai bien compris, Aubenas aurait mieux fait de faire un bouquin sur les intellos précaires dans le journalisme ? Histoire de parler des misères de l’auteure de cette pseudo-critique ?

 

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