Le jardin de DB

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Publié le jeudi 14 août 2003 dans la rubrique :

Le p’tit journal du Cantal

Une vie

Le dernier numéro. C’est aujourd’hui que le P’tit journal estival du Cantal vous quitte. Dommage... Allez, pour cette dernière édition, je vous fais, comme promis, une surprise. Un cadeau : je vous offre une histoire, vraie, et que je trouve belle. En contre-partie, je vous prive de brèves. Mais mon histoire mérite toute votre attention, alors pas question de vous laisser distraire !

Vous connaissez déjà mon voisin Hugolin. Mais j’ai un autre voisin. Il a vraiment un physique hors du commun, et, à la maison, on l’appelle le Troll. Il habite la maison juste à côté de la mienne : c’est un vrai voisin, son jardin jouxte la friche qui me sert de pelouse. Mais c’est pas lui qui dérange, plus discret que le Troll, ça n’existe pas. Chez lui, pas un mouvement, pas un bruit. Mais...

Cet hiver, il y a eu du remue-ménage chez le Troll. Une bétonnière, des camionnettes garées en plein milieu du chemin avec des enseignes de menuisiers, de plombiers... Pas de doute, mon voisin avait entrepris de faire des travaux dans sa maison. Enfin, soyons francs, dans le taudis qui en tenait lieu. Elle est magnifique, cette maison : un pur vrai cantou du Cantal, avec le toit en lauzes et tout et tout. Un bijou. Mais bigrement délabré. Donc, cet hiver, le Troll a décidé d’installer une salle de bains (adieu, la cabane au fond du jardin), de changer les fenêtres du rez-de-chaussée, de colmater les brèches qui éventraient son mur de pignon... Il a même fait installer un vrai chauffage. La révolution.

Mon voisin le Troll a un peu plus de 60 ans. Il a toujours vécu seul. De temps en temps, sa sœur la Trollette vient faire le jardin. Chez le Troll, il y a toujours des tas de chats qu’il faut veiller à ne pas écraser quand ils se prélassent au milieu du chemin, quatre vaches et un taureau salers, des géraniums dans des pneus de tracteur. Et puis le maître des lieux, petit, chétif, malingre, sourd comme une poële, l’échine fuyante dans une attitude de soumission extrême. Un visage de souris prise dans une tapette, avec des oreilles immenses calant une casquette. On voit bien que le Troll ne s’est pas marré souvent dans sa chienne de vie. On devine même que, se marrer, il ne doit pas savoir ce que c’est. Et il est là, tout seul dans sa belle petite maison, il s’occupe, il attend quoi, au juste ?

Depuis peu, on sait ce qu’il attendait. Elle est arrivée il y a de cela quelques semaines, avec son chien. Elle est rousse et s’habille volontiers en vert pomme, ou en rouge grenadine. Elle aussi porte une casquette, mais avec une très grande visière. On ne sait pas comment elle s’appelle, elle conduit une voiture sans permis, alors on l’a tout de suite baptisée la Trottinette. Parce que la Trollette, c’était déjà pris. On sait juste qu’elle vient de Vézac, que son mari est mort il y a deux ans, et qu’elle est bien malade. Il faut qu’elle se repose, parce qu’elle prend un traitement à cause de son cancer.

Très vite, on a vu pousser un étendage à linge dans le jardin du Troll. Pour lui éviter les efforts qui pourraient la fatiguer, c’est lui qui porte la balle de linge, et elle marche à ses côtés, portant le petit panier où elle met ses épingles. Ils sont adorables. Le chien, Bambi, a déclaré la guerre aux miennes, et se jette, écumant de rage, contre le grillage. Il va falloir qu’on mette des canisses.

Quand je rentre du travail, je la vois qui prend le frais, assise sur le pas de la porte, son chien à ses côtés. On se fait signe. Les chats ont disparu. De temps en temps, le Troll est assi à côté d’elle, elle tient les deux tiers de la porte mais l’espace qui reste suffit bien assez. Ils ne parlent pas, mais on dirait qu’ils n’en ont pas besoin. De toutes façons, quand ils parlent, dans leur jardin, ça paraît assez laborieux : elle est obligée de crier parce qu’il n’entend rien, et lui finit par se rebiffer en lui disant de ne pas lui crier après comme ça... Mais qu’importe, ils ont l’air de se comprendre, et de bien s’entendre.

On se demande bien où il a pu la trouver. La rumeur dit qu’elle est venue voir ses enfants venus en vacances dans le gîte pile en face. Ils auraient fait connaissance à ce moment-là. C’est vrai que, maintenant je m’en souviens, l’été dernier, les gens du gîte passaient leurs journées à jouer aux boules chez le Troll...

Tout récemment, mon voisin a achevé un beau poulailler où vivent désormais deux dindes, quelques poules et, surtout, un coquelet qui apprend à chanter. Qui essaie, du moins. Il a bien du mal, le pauvre, et en plus il ne sait pas bien l’heure. Il commence à grincer dès cinq heures du matin, et ne s’arrête que lorsqu’il est épuisé. Quand il a repris son souffle, il remet ça, et ça dure jusqu’à dix heures du soir. J’espère qu’il aura bientôt terminé son apprentissage. Ou que le chien en fera son quatre heures.

Tous les matins, la Trottinette part avec sa voiture sans permis à Vic. Je crois que c’est pour son traitement. Le Troll lui demande d’acheter le pain, ou de ramener deux tranches de jambon. Je les entends parce que la fenêtre de ma chambre donne sur ma friche, à côté de leur jardin... Et parce qu’un sourd, même amoureux, ça parle rudement fort. Il a une voix très jeune, plutôt belle. C’est peut-être le bonheur qui lui fait ça. Il n’y a qu’un truc qui me chiffonne : pas de nouvelles de la Trollette depuis un bon moment !

Je comprends maintenant les travaux, la salle de bains. Le Troll a aménagé son nid. Aujourd’hui, sa belle l’y a rejoint. Il ne finira pas sa vie tout seul, avec ses chats et ses quatre vaches. La nature l’avait fait laid, la vie l’avait écrasé, mais il n’a pas baissé les bras, il est resté capable, après toutes ces années, d’avoir un cœur et de s’en servir. Si ça se trouve, ils vont être ensemble pendant quinze, vingt ans. Une vie.

L’image de la semaine

Le chêne est mort

Juste derrière chez moi, en haut du pré d’Hugolin, le chêne est mort. Son feuillage a pris la teinte de l’herbe roussie. Pourtant, près de lui, ses congénères tiennent encore le coup. Tous ensemble, ils se font de l’ombre. Lui, juste un peu plus loin, a voulu faire l’original. Il n’était pas bien vieux, pas bien haut, et il était seul. (photo Dominique Bardel)

Le lien de la semaine

Pour notre dernière semaine ensemble, je n’allais quand même pas vous priver du lien qui vous permettra de suivre l’actualité aurillacoise, la vraie, la seule qui mérite d’être connue. On ne se refait pas, et dans ce pays exclusivement agricole et traditionnel, je vous livre, en cadeau d’adieu, un lien... culturel. Venez voir ce qui se passe au festival de théâtre de rue d’Aurillac.

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Image extraite de l'article "Ce qu'elle voit venir..."