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Publié le mercredi 25 novembre 2009 dans la rubrique :
Marguerite Gonon : la mémoire du ForezConsultez le bloc « Dans la même rubrique » à droite de votre écran pour retrouver les textes relatifs à Marguerite Gonon publiés sur ce site.
Elle a été la première, la fondatrice, le guide, la mémoire. Fille d’instituteur, promise à une sage carrière de maîtresse d’école, elle aurait peut-être fini par être directrice, comme son père. Elle aurait pu se marier, avec un brave paysan de Poncins, ou d’Arthun, avoir des enfants auxquels elle aurait transmis l’éducation rigoureuse née dans le plus profond de la terre du Forez, façonnée par le sens du travail et le respect des traditions. Elle aurait été une bonne fille forézienne, honnête dans chacun de ses actes, humble dans chacune de ses paroles. Anonyme.

Mais, alors qu’il était de bon ton pour une jeune fille de se montrer effacée, Marguerite, à l’école normale d’institutrice, faisait du théâtre. Et tenait des rôles masculins, de surcroît. Alors qu’un seigneur se saluait avec déférence, elle se liait d’amitié avec le comte de Neufbourg. Alors qu’elle arrivait en âge de se marier, avec fougue, elle traduisait les textes en franco-provençal et comptait les draps sur les étagères des défunts de la province de “Fore” au XIVe siècle. Elle ne fit pas d’enfant et se fit raconter par les vieilles paysannes comment viennent, dans l’imaginaire populaire, les tâches de vin. Elle n’était l’épouse de personne et fit frémir le premier jupon au CNRS. Elle riait des féministes, engageait la conversation au bord d’un chemin avec un fermier, tenait le micro devant un aréopage de scientifiques lors de colloques internationaux et remuait ciel et terre pour aider un gamin à obtenir une bourse d’étude pour entrer à l’école agricole. Elle était partout, connue de tous, médaillée, honorée par l’Académie, saluée par son boulanger. Elle parlait et tous écoutaient, lorsqu’elle se taisait on la sollicitait, pour une inauguration, une réunion informelle, l’ébauche d’un projet à peine rêvé. Libre, respectée, discutée, jamais ignorée, la silhouette, toujours plus petite, toujours plus torturée, rongée par l’ostéoporose, a hanté le Forez jusqu’au jour où, finalement, elle est tombée. Ambassadrice, mémoire, elle est restée fidèle à son personnage, honnête dans chacun de ses actes, humble dans chacune de ses paroles. Reconnue. Heureuse ?
Lorsqu’elle s’est éteinte, le 5 mai 1996, pour la première fois, Marguerite Gonon a quitté son public. Il fallut attendre quelques jours pour que ses amis lui rendent hommage dans la presse, de Lucien Neuwirth au club de pêche sportive Forez-Velay, en passant par les amis du musée de Feurs. Sa nécrologie paraîtra dans La Tribune-Le Progrès le 16 mai, avec une photo couleur à la Une. Et puis c’est tout. Ses funérailles eurent lieu à Montbrison, et non à Feurs. Une rue porte son nom à Saint-Étienne. Au café de Poncins, le dimanche matin, les anciens, parfois, parlent de la guerre. Alors, il arrive que l’un d’entre eux cherche dans ses souvenirs : « Ah ! Oui. Il y avait Marguerite Gonon. Christine, elle s’était donné comme nom de code. » Et puis plus rien. La mémoire du Forez ne parle plus, elle est couchée dans le silence.

Dans quelques années, dix, vingt ou cinquante, peut-être, les jeunes chercheurs, qu’ils s’intéressent à l’histoire médiévale ou aux archives de la Résistance, balaieront d’un revers ses témoignages, mis en garde par les réserves que n’osent pas encore émettre ses contemporains. « Son travail a été considérable. Mais discutable. Il faut attendre pour savoir si Marguerite Gonon a apporté sa pierre à l’Histoire. Seule l’Histoire nous le dira. Mais ne l’écrivez pas », nous confient des historiens. Pourquoi ne pas l’écrire ? Marguerite Gonon, ce n’était pas juste une silhouette, un personnage romanesque, une femme de caractère née à une époque où il était préférable de ne pas en avoir. Marguerite Gonon, c’était, tout simplement, une femme, avec ses rêves, qu’elle chercha sans cesse à atteindre. De réussites en erreurs, elle a construit une vie si riche qu’on peut avoir envie de lui ressembler. Ou de la détester. Ce personnage « ne se prenait jamais au sérieux, était toujours à l’écoute des autres », témoigne Jean-Michel Barjol. Généreuse ou incisive, séductrice, Marguerite Gonon laisse le souvenir d’un éternel sourire, d’un regard vif, d’un humour inébranlable, d’une force exemplaire.
« Elle ne connaissait pas le trac », se souvient Claude Brandon. « Un jour, elle m’a dit : “Tu sais, je ne pleure jamais”. Elle était si forte, elle avait tant d’énergie. » Celle qui riait tant, qui parlait avec autant de plaisir, ne savait pas s’émouvoir ; une vie sans une larme. Derrière la silhouette, pour ne jamais pleurer, se cachait peut-être une femme qui avait enfermé on ne sait quelle douleur dans un mur de silence. Alors on peut bien écrire qu’elle commit des erreurs, qu’elle fut excessive, autoritaire, tant il nous semble qu’elle le fut d’abord envers elle-même. Marguerite Gonon, l’« ambassadrice du Forez », était une grande dame.

La Diana abrite un musée archéologique, un fonds d’archives et une bibliothèque ancienne où étudiants, chercheurs ou simples amateurs d’histoire trouvent une documentation d’une rare richesse. La société est également propriétaire de la forteresse médiévale de Couzan, de la Bastie d’Urfé et de la Commanderie de Saint-Jean à Montbrison. Elle publie un bulletin trimestriel, organise des ateliers destinés au public scolaire, apporte son aide aux chercheurs en histoire et en archéologie, et accueille parfois des expositions.
Marguerite Gonon a publié pas moins de 43 communications dans le Bulletin de la Diana. L’une d’elles, en 1945, consacrée aux archives de Jas, fut si volumineuse (plus de cent pages), qu’elle mit en péril les finances de la Diana, ce qui mena à des discussions peu amènes et au départ bruyant de l’historienne, en tant que rédactrice du bulletin. Elle revint, plus tard, mais refusa d’intégrer le conseil. Arrivant souvent à l’improviste, elle prenait la parole lors des réunions de la docte société, avec une verve et un franc-parler qui ne manquaient pas d’amuser (ou parfois de choquer) les membres d’assemblées généralement “compassées”, pour reprendre un terme utilisé par le vice-président de la Diana, Francisque Ferret.
La Diana.- 7 rue Florimond-Robertet, 42600 Montbrison. Tél : 04 77 96 98 29
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