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Publié le mercredi 17 novembre 1999 dans la rubrique :

Musique

Festival Massenet

Un Lahore... paradisiaque

Le Roi de Lahore : l’opéra trop rare

Un seul enregistrement ! Un seul disque pour l’opéra qui permit à Massenet d’atteindre la consécration. C’est curieux comme, selon les époques, on se détourne d’œuvres qu’un beau jour on redécouvre... Sans savoir pourquoi elles ont été oubliées. Le festival Massenet a exhumé et dépoussiéré Le Roi de Lahore, et ce fut un très beau moment musical. Pourquoi ne l’ont-ils pas enregistré et diffusé ?

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Michèle Lagrange incarnant une Sitâ immaculée... et tellement émouvante (photo Dominique Bardel).

Des costumes blancs, blancs. Une scène nue, et bleue, tellement bleue... Avec le gris des soldats, dans cet univers mi-céleste, mi-glaciaire, le dieu Indra, tout vert, avait l’air vraiment réconfortant. Mais après tout, c’est peut-être cela, le Paradis...

Deux distributions pour le même Roi de Lahore : que ce soit dit tout de suite, pour de sordides raisons de délais techniques, je n’en ai vue (et entendue) qu’une seule, à l’heure où j’écris ces lignes. Ce sont donc Michèle Lagrange (Sitâ), Luca Lombardo (Alim) et Jean-Marc Ivaldi (Scindia) qui seront ce soir mes victimes. Mais je ne peux que parler de la beauté des voix, de la virtuosité de ces chanteurs qui, tous, tenaient des rôles particulièrement difficiles... Bref, Le Roi de Lahore, version 11 novembre, fut une réussite indiscutable. Et il n’y a pas de raison qu’il en soit différemment pour l’autre distribution (Isabelle Vernet, Emil Ivanov et Evgenij Demerdjiev), hormis, paraît-il, la clarté de la diction pour les chanteurs russes... Mais on les a déjà entendus chanter à Saint-Etienne, sans vraiment souffrir, loin de là.

Fidèles aux trois représentations, Claire Larcher (Kaled), Reda El Wakil (Timour) et René Schirrer (l’irrésistible dieu Indra) ont parfaitement tenu leurs rôles, rien à faire, cet opéra est condamné à l’éloge. Et je vais oser ajouter que les chœurs se sont montrés excellents. Et pour finir, le Nouvel orchestre de Saint-Étienne s’était surpassé. Patrick Fournillier et ses musiciens ont offert au public une musique luxuriante, dramatique, émouvante... Bien sûr, l’opéra de Saint-Étienne n’a pas pour habitude de décevoir les spectateurs. Mais il l’enchante parfois plus, parfois moins. Avec Le Roi de Lahore, ce fut beaucoup plus. Tout du moins pour la musique, les costumes et les solistes.

Froideur ou pureté ?

Quant au décor et à la mise en scène, c’est selon. Décor : minimal. Tout bleu. Là où d’autres ont vu l’azur céleste, ou l’éclat d’un lapis-lazuli, moi j’ai trouvé une ambiance glaciale. J’imaginais le monde de Lahore plein de soleil, de safran, de teintes chaudes... Et quand je rêvais de danses et de voiles flottants, en écoutant le disque de Richard Bonynge (le seul enregistrement du Roi de Lahore, réalisé en 1979), j’ai trouvé des mannequins luxueusement vêtus de riches étoffes scintillantes. Les vivants, eux, étaient en blanc. Sur le bleu de la scène, j’ai cru à une banquise... Mais beaucoup ont compris qu’il s’agissait de pureté. Simplement, ce soir-là, j’ai eu un peu froid, tout ce bleu et tout ce blanc.

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Le superbe costume d’Indra, dessiné par Frédéric Pineau... Le "vrai" est encore plus beau ! (photo © l’Esplanade Saint-Étienne Opéra)

Mais c’était probablement suffisant. L’irruption, à la fin du 1er acte, des chevaux de Marly m’a fait éclater de rire. Un peu d’humour ne nuit pas à la magie. La vaste tenture évoquant le campement des guerriers, dominant un croissant de lune lointain, suffisait largement à raconter le désert, son sable et ses combats. Minimal, certes. Mais efficace. Et dans ce décor immuable, une explosion de couleurs, un délire où l’imagination du costumier Frédéric Pineau ne s’est pas fixé de limites : c’est le Paradis, avec le magnifique Indra, si vert qu’on l’aurait croqué, si rond, si plein qu’on l’aurait mordu. Ce n’était pas un dieu, mais une pomme. Avec une voix de basse, et un chapeau qui fume. Si c’est vraiment comme ça, le Paradis, alors c’est vraiment plus beau, et plus drôle, que je l’imaginais.

Pour répondre à l’opulence de la musique (dont le festival Massenet a donné la version originale, hormis le ballet), la scène, outre qu’elle était bleue (décidément...) m’a quand même paru figée. Quand les cuivres sonnaient la charge, quand l’orchestre tout entier s’enflammait, les chanteurs restaient immobiles, ou n’avançaient qu’à pas lents. La passion, la peur ou la colère passaient merveilleusement par leurs voix. Mais on pouvait fermer les yeux pour mieux les écouter : on ne perdait pas grand-chose de l’action. Et justement : la passion, la colère, toute l’émotion est déjà écrite dans la musique de Massenet. Alors, ce n’était peut-être pas la peine d’en rajouter.

Suis-je dithyrambique ? Aurais-je perdu toute objectivité ? Il y a toujours quelque-chose à redire, trop de ceci, pas assez de cela, il suffit de chercher. Eh bien, malgré son bleu et son blanc, Le Roi de Lahore est un superbe opéra. Il m’a simplement surprise, déroutée, sortie de mes petites certitudes. Et pour tout ça, je ne suis pas près de l’oublier.

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