Le jardin de DB

Vous êtes ici : Accueil du site > > Mon press-book > Petite histoire briardière et (...)

Menu de navigation

Masquer la bannière
Afficher la bannière
 
 

Aux utilisateurs d'Internet Explorer 6,
Votre navigateur ne vous permet pas de bénéficier pleinement des fonctionnalités proposées par ce site. Si vous en avez la possibilité, je vous invite à télécharger gratuitement la dernière version d'Internet Explorer, ou mieux, Mozilla Firefox.

Publié le jeudi 1er juin 1995 dans la rubrique :

Mon press-book

Petite histoire briardière et mycologique

À la demande du président du club de race suisse du berger de brie, j’ai écrit une petite histoire pour la rubrique "Anecdotes" du bulletin de l’association. Un texte sans prétention qui devait, comme tous ceux publiés dans cette rubrique, amuser et surprendre les propriétaires et éleveurs de briards lecteurs de ce bulletin.

JPEG - 71.6 ko
Ma chienne Eugénie de la Mer noire, berger de brie, championne internationale de beauté. C’est pour voir ses résultats publiés dans le magazine Vos Chiens que j’ai commencé à écrire mes tout premiers articles (photo Dominique Bardel).

Un superbe champignon a poussé pendant la nuit. Rond, blanc, appétissant. Il faudra le ramasser tout à l’heure : il est peut-être vénéneux. Eugénie pourrait avoir envie de le croquer.

Je suis pour l’hygiène naturelle. Pour blanchir les dents d’Eugénie, rien de tel qu’un gros genou de bœuf, au tendre cartilage, exempt d’éclats dangereux. La chienne le rongeait, hier, avec délices, l’os coincé entre les pattes, oreilles tirées dans un sourire d’extase. La moelle fraîche glissait sur le poil : j’ai un briard pot-au-feu.

L’os exquis est confisqué avant de devenir ignoble ; le plaisir de ma chienne doit passer par mes humaines conceptions de la gastronomie canine - fut-elle prophylactique. L’éclat de son émail ne passera pas par l’offense de mon odorat. Je cherche l’os, en l’absence de sa propriétaire, pour ne pas la peiner. Elle a dû le cacher sous un massif.

Je quête. La pluie de la nuit a été particulièrement fertile : les mousserons se pressent en grappes serrées sous les hortensias. L’os est introuvable. La famille est mise à contribution ; on soulève le canapé, on cherche dans la grange, on arpente le jardin l’air grave, d’un pas lent. On finit par appeler Eugénie à la rescousse :

- Cherche, Ninie. Cherche le nonosse.

La belle pointe les oreilles, la queue en l’air, et nous regarde d’un air idiot. Il ne faut pas compter sur elle pour participer au rapt. Eugénie nous ramène sa balle (perdue depuis deux semaines), deux bâtons, un gant de toilette piqué sur l’étendage, une pantoufle, un raton laveur et la tête, lourde de fleurs perlantes de rosée, de mon plus beau géranium. Eugénie fait tout ce qu’elle peut pour nous distraire de notre recherche. Elle a un excellent flair : elle trouve, avec application, tout ce qui n’est pas son os.

Je m’inquiète : et si elle l’avait mangé ? En entier ? Remords, scrupules. Je redoute soudain l’occlusion intestinale, la perforation de l’intestin.

La chasse à l’os devient une affaire prioritaire. Tant pis pour les fuchsias, on tire sur les branches, on a besoin de se rassurer, on doit trouver cet os. Absolument. La vie d’Eugénie, le plus beau briard du monde, en dépend.

Les larmes montent aux yeux. Dire qu’il existe des dentifrices pour chien. De rage, de dépit, de révolte contre mes lubies naturalo-phyto-instincto-ridicules, je m’emporte contre l’innocent champignon blanc, majestueux, au dôme parfait : magnifique.

Les champignons sont, généralement, des individus mous. Grosse tête, certes, mais petit pied. Instables et fragiles, ils succombent à la plus petite secousse. Celui-là pousse chez moi : il règne dans ma demeure un climat particulier, qui confère à tout ce qui y vit une tête dure. Eugénie en est un parfait exemple. Le gros champignon aussi, qui résiste sans frémir à mon coup de pied. L’outrage mycologique m’est insupportable. Je le talonne à nouveau, je fais "han" ! Le beau champignon blanc, vaincu, s’incline. Il pose sa tête immaculée sur la terre noire. De son pied coupé franc à la scie, perle un reste de moelle déjà faisandée. Débusqué, trahi par sa vaillance, il se rend, couchant sous mon pied rageur sa rondeur articulaire.

Assise un peu plus loin, la langue rose tirée dans les poils noirs, Eugénie regarde ailleurs : une ombre fictive sur le mur la passionne. Je la crois un peu froissée ; j’ai découvert sa paresse, moi qui avais lu dans un ouvrage très sérieux que le briard était d’un courage à toute épreuve. Je sais, aujourd’hui, qu’il est trop flemmard pour creuser un trou assez grand pour son os. Il préfère le planter, comme un scion de prunier, dans un petit trou creusé à la va-vite. La tête en l’air.

Eugénie espérait faire pousser un bœuf dans le sol généreux de son domaine.

Recommander : 
 

À vous d'écrire

 

Sur le même thème

Dans la même rubrique

Au hasard

Des articles...
Une photo...

Cliquez sur cette image pour accéder à l'article dans lequel elle est publiée.

Image extraite de l'article "La maison du général - 24"