Le jardin de DB

Vous êtes ici : Accueil du site > Textes > La Maison du général > La maison du général - 2

Menu de navigation

Masquer la bannière
Afficher la bannière
 
 

Aux utilisateurs d'Internet Explorer 6,
Votre navigateur ne vous permet pas de bénéficier pleinement des fonctionnalités proposées par ce site. Si vous en avez la possibilité, je vous invite à télécharger gratuitement la dernière version d'Internet Explorer, ou mieux, Mozilla Firefox.

Publié le mardi 20 mars 2007 dans la rubrique :

La Maison du général

La maison du général - 2

20 mars 2007

Cela faisait plus de quatre mois que j’avais renoncé à la maison. Chaque jour, je consultais les annonces immobilières, et je ne trouvais que des constructions qui me semblaient sans intérêt. Des cubes tous semblables, parfois avec un faux air méridional de mauvais goût. Des boîtes interchangeables, invariablement posées sur leur bout de terrain nu comme la main, au cœur de lotissements où se côtoyaient par dizaines les mêmes piscines, les mêmes barbecues. Des maisons toutes identiques. Leurs propriétaires avaient pourtant mis toute leur vie, tout leur cœur dans la construction de ces bâtiments dont je ne voulais pas. Les pères de familles étaient prêts à tous les efforts, et même aux plus grands sacrifices pour faire sortir de leur carré de terre cette maison de promoteur choisie sur plans et dans laquelle ils voudraient élever leurs enfants, puis vieillir. Et moi je les regardais à peine, ces maisons si ardemment désirées, si durement acquises. Je les comparais à une vieille bâtisse tronquée, aux murs robustes mais blessés qui vibraient de toutes les petites histoires qui s’étaient déroulées dans leur enceinte, et qui avaient même vu passer un petit bout de la Grande Histoire.

J’ai visité quelques fermettes, sans vraiment les regarder. J’ai élargi mon champ de recherche, prête à m’éloigner encore plus de Toulouse pour accroître mes chances de trouver une autre maison pour laquelle je pourrais avoir un coup de cœur. Une autre maison du général. Mais il n’y avait pas d’autres maisons du général. Il y avait des maisons de famille, des maisons de maître, des maisons de village, des maisons typiques, des maisons d’architecte. Pas de maisons du général.

Parfois, en cachette, j’allais consulter le site internet de l’agent immobilier. La maison était toujours là, elle n’était pas vendue. Les semaines passaient. La maison du général restait. Je me disais qu’avec le temps, les propriétaires allaient se décider à baisser leur prix, et s’intéresseraient à notre offre. Mais avec le temps, le prix restait le même. Désespérément le même.

De temps en temps, mon compagnon Philippe repérait une maison et proposait d’aller la visiter. On faisait le tour des agences, on laissait nos coordonnées. « Que recherchez-vous comme type de bien ? », nous demandait-on invariablement. Quelque chose pas trop loin de Toulouse, pas dans un lotissement, ni dans une zone pavillonnaire, mais on veut bien être au cœur d’un village. Avec du terrain. Pas au bord d’une route, pas sous le passage des avions, pas à côté d’une voie de chemin de fer. Quelque chose dans l’ancien avec un garage. Qui ait de l’allure. Surtout pas de piscine, on s’en fiche de la piscine, j’ai peur de l’eau. Quelque chose d’impossible. « Et avec des fantômes » : je persistais, et j’avais toujours face à moi le même regard perplexe, un peu gêné, d’interlocuteurs qui ne comprenaient pas très bien si je plaisantais ou non.

On nous emmenait voir des ruines. De l’ancien « dans son jus », « avec du potentiel », « plein de charme », « authentique ». Mais le plus souvent, on nous répondait que l’on nous contacterait lorsqu’« un produit correspondant à notre attente » se présenterait.

La maison du général était toujours sur le site internet.

Et un jour, elle a disparu. Philippe attendait, lui aussi, le jour où le prix baisserait. Et ce soir-là, il n’a plus vu la maison. Envolée.

Recommander : 
 

À vous d'écrire

 

Au hasard

Des articles...
Une photo...

Cliquez sur cette image pour accéder à l'article dans lequel elle est publiée.

Image extraite de l'article "Clermont-Ferrand rue de la Treille"