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On le sait, on le voit déjà depuis plusieurs semaines : la « crise » ne touche pas que les investisseurs en bourse. Évidemment. On s’est réveillés, le jour où Lehman Brothers a fait faillite, et on s’est dit : « Là, ça va vraiment mal ».
Il n’a pas fallu longtemps pour que l’on voie dans les colonnes du journal apparaître les premiers noms des victimes, auxquelles les banques affolées refusaient désormais toute avance de trésorerie. Les petits entrepreneurs, les artisans, les sous-traitants... Les chantiers immobiliers arrêtés, les grues immobiles, les aires de stockage des usines pleines à ras bord de produits finis que l’on ne livre plus.
C’est « la crise ».

Les gens, vous, moi, nous pensions que nous n’étions pas concernés : « Moi j’m’en fous, j’ai pas d’actions en bourse ; c’est bien fait pour la gueule des riches. » Et puis les chauffeurs routiers ont été priés de prendre quelques jours de congés. Les ouvriers de l’usine Bosch, en Aveyron, on été mis en vacances. Les agents immobiliers pleurent en se frappant la tête et licencient leurs secrétaires. Bon, je ne vais pas vous raconter ce que vous savez déjà.
On nous explique à la télé que « les voyants sont au rouge », que « le système financier s’est effondré », que c’est « la récession », que l’« économie réelle » (eh oui, les gens qui ne vivent pas sur notre planète viennent de réaliser que nos sous à nous, ce sont de vrais sous, et pas des graphiques qui ne sont autorisés qu’à afficher des courbes éternellement ascendantes), l’économie réelle donc est malade, victime des excès des traders, des spéculateurs, des méchants financiers que l’on écoutait pourtant religieusement lorsqu’ils chantaient que la vie était belle. « On », c’est les autres, ceux qui disent qu’on n’a qu’à aller au boulot à vélo, qu’on n’a qu’à faire des heures sup’, qu’on n’a qu’à travailler le dimanche, qu’on n’a qu’à se démerder.

Et maintenant, tout se passe « sur fond de crise ». La Toussaint, l’élection d’Obama, le temps qu’il fait, la rotation des planètes, la sortie du dernier James Bond, la reproduction de la rainette dans la forêt équatoriale, rien n’échappe au « fond de crise ».
Alors forcément, sur fond de crise, on apprend que les entreprises ferment. Normal, c’est la crise. « Désolé, les gars, ça me crève le cœur mais vous êtes tous virés, vous comprenez, l’économie réelle s’est effondrée. »
Quel bel alibi ! Quelle bonne copine, la crise ! Brave fille.

Renault et PSA annoncent des congés forcés pour cause de crise : on arrête la production, juste quelques jours, hein, faut pas s’en faire. Les sous-traitants de premier rang emboîtent le pas : vacances pour tout le monde, on reprend dans huit jours. Ou quinze. Les collègues roumains, chinois, argentins continuent, mais vous, vous allez tailler vos haies, ça tombe bien, c’est la saison. Les sous-traitants de deuxième rang se serrent la ceinture, se débattent, les banques leur coupent les vivres et la queue s’allonge devant les tribunaux de commerce. Les petits patrons ont licencié leurs cinq ou six salariés, ils vont essayer de sauver leurs biens personnels, une maison, une voiture.
Et quelque part à vingt kilomètres de Dieupentale, sur les berges du Tarn, on rigole en se tapant la panse. C’est la crise, et on va jeter dehors trois cents salariés, profitons-en, c’est la crise. Quelle aubaine ! Trois cents familles, près de mille personnes. Ah mais oui, la conjoncture, pas de croissance, les gros clients qui lèvent le pied, la production qui s’arrête, c’est dur, c’est très dur, on fait plus d’un million de bénéfice mais c’est plus possible, la crise, vous comprenez : tout le monde dehors, ouste !
Encore une fois, je ne vais pas vous raconter ce que vous savez déjà. La crise providence, la crise pour les uns et pas pour tout le monde, la crise qui tombe bien, la crise qui que. Bien sûr.
À Verdun, à Grisolles, à Pompignan, à Saint-Jory, il y a des gens qui travaillent pour Molex à Villemur-sur-Tarn. Molex est le deuxième fournisseur de connecteurs de PSA ; la qualité de sa production est unanimement reconnue et saluée. Molex va bien, mais Molex préparait, comme tant d’autres grandes entreprises manufacturières, un « plan de développement » visant à assurer la pérennité du groupe, son expansion... On connaît la musique. Le plan de développement arrive aujourd’hui à sa phase de mise en application. Trois cents salariés virés, toute une usine fermée, dans une bourgade de 5 000 habitants.
À Dieupentale, il y a des gens qui travaillent pour Molex. Jean-Michel et d’autres. Qui savent que la crise n’a pas le même goût pour tout le monde.

Salut, Merci DB pour ce message de soutien pour les gens de Molex Villemur dont je fais parti bien évidement.
Merci de faire ton travail de journaliste et de nous tenir informés de ce qui se passe dans ta région.
Je ne réagis pas forcément à ce genre d’articles (ce n’est pas le premier que tu publies), mais ça ne veut pas dire que ça ne m’intéresse pas.
Je lis toujours attentivement.
Quant à ton analyse comme quoi la « crise » est bien pratique pour faire passer des mesures d’austérité, je suis bien entendue tout à fait d’accord avec toi. Je ne serais pas une vieille coco, sinon. ![]()
UMA
Merci beaucoup pour cet article !
Merci également pour le lien vers le créateur de chômeur ![]()
Et pour finir, merci de votre soutien !
Bah... Je ne sais pas si je fais un « travail de journaliste »... J’ai bien peur que non. Je suis juste un témoin, qui ne peut pas faire grand chose. Je peux juste constater, et ne pas me taire. Ça ne sert à rien, évidemment.
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