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Publié le samedi 17 mars 2007 dans la rubrique :

Musique

Pink Martini

L’efficacité à l’échelle planétaire

Tout le monde connaît le "tube" Sympathique. C’est une publicité pour une voiture qui a fait découvrir le groupe Pink Martini en France. Dix ans plus tard, cet orchestre qui navigue entre jazz et musiques du monde fait une tournée européenne, avec une halte à Lille le 22 mars, et une autre à Paris le 25 mars. Le public toulousain a eu la primeur, en France, d’un concert de près de deux heures. Ambiance de folie, mais bilan mitigé.

Il ne reste plus grand monde de la formation d’origine. Depuis l’album Sympathique  [1] , seule la chanteuse à la voix magnifique China Forbes est restée aux côtés du pianiste Thomas M. Lauderdale, fondateur de cet orchestre de treize musiciens. Le trompettiste Gavin Bondy (excellent) et les percussionnistes Brian Davis et Derek Rieth sont également des compagnons de la première heure. Mais Pink Martini reste dans la même veine : une inspiration cubaine, avec des rythmes dansants, mâtinée de musiques du monde. De la musique pour danser et faire la fête, voyager autour du monde et imaginer des horizons lointains. Un style qui fait recette, si l’on en croit le succès du concert donné le 12 mars à la Halle aux Grains de Toulouse, dans le cadre de la programmation des Grands Interprètes  [2] . Le public venu en masse s’est laissé emporter sans résistance par cette vague de percussions exotiques, tombant sous le charme de la voix de la chanteuse.

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Pink Martini

Il est vrai que la configuration de la salle, où le public est réparti tout autour de la scène, ne laisse pas le choix aux spectateurs : même aux rangs les plus reculés, et malgré une jauge de 1 200 places, l’impression de proximité avec les artistes est saisissante. Alors comment résister ? Comment ne pas frapper dans les mains ? Impossible...

Au cœur d’une salle comble et enthousiaste, les musiciens ont enchaîné les titres, issus de leurs deux premiers albums, glissant dans le récital quelques titres du prochain disque qui sortira au mois de mai. À peine surgis sur la scène, ils ont donné le ton et le rythme, et cela s’est prolongé pendant pratiquement deux heures, sans temps mort. Quelques ballades, dont une superbe complainte portugaise (à découvrir lors de la sortie du prochain album), ménageaient dans cette immense fête quelques accalmies... Mais ce n’était que pour repartir de plus belle dans des rythmes effrénés. Alors la foule électrisée se levait et frappait dans ses mains en dansant.

Cependant, au-delà de cette ambiance festive, le concert de Pink Martini n’a pas créé la surprise. Sans décevoir, le groupe a rempli son contrat : transporter le public en lui donnant à entendre ce qu’il était venu chercher. Des musiques légères, tenues par cette sempiternelle rythmique afro-cubaine, imparablement efficace. Le mot est lâché : efficace. Pink Martini est une très belle mécanique parfaitement huilée, qui a compris comment fédérer le public, quel que soit le pays dans lequel on l’écoute. Des musiques qui évoquent le soleil et les plages de rêve. Des textes écrits dans de multiples langues, du français au japonais en passant par le grec, le croate ou le portugais. Des parties solo habilement amenées, où l’on peut savourer la virtuosité de chaque musicien. De quoi passer un très bon moment, sortir à moitié sourd du concert et avoir pendant trois jours des mélodies qui trottent dans la tête. Et après ? Un bon souvenir, certes. Mais pas de véritable émotion artistique.

C’est qu’à force de se vouloir universel, Pink Martini court le risque de perdre toute identité. Thomas M. Lauderdale l’assume sans état d’âme : "L’un de nos objectifs est de faire une musique qui plaise à des gens très différents, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent. Nous jouons le même répertoire partout où nous allons." Résultat : une chanson japonaise sur fond de congas... Certes. Pourquoi pas, puisque le public en redemande.

Ceci ne doit évidemment pas gâcher le plaisir de s’évader, le temps d’un concert, avec ces grands professionnels du spectacle. Qui ont la délicatesse de s’exprimer dans un français remarquable, et avec humour, qui plus est. Pour ceux qui n’auront pas la possibilité de les voir à Lille ou à Paris, il reste la consolation d’écouter leur deuxième album, Hang on little tomato, où l’on découvre la voix magnifique du chanteur Timothy Nishimoto ; il succède avec bonheur à Pepe Raphael, dont le timbre prétentieux sévissait sur le premier disque. Mais il faut savoir que ne pas aller voir Pink Martini en concert, c’est se priver aussi d’un très beau solo au violoncelle interprété par la Française Claude Giron, membre de l’Orchestre de Paris. Même si la sonorisation, comme toujours en de tels cas, nuit terriblement à l’expressivité de cet instrument qui n’est jamais aussi beau que lorsqu’il s’exprime sans artifices électriques.

Bref, Pink Martini, c’est une grande goulée de vacances, ça swingue, ça réchauffe et c’est toujours bon à prendre. Alors il serait vraiment dommage de s’en priver.

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Pink Martini
Notes

[1] Sympathique : voir la fiche de ce disque.

[2] Les Grands Interprètes : cette programmation est double. Elle propose des concerts de musique classique avec des orchestres et des solistes internationaux de très haut niveau, à un prix défiant toute concurrence. Il s’agit probablement de l’une des plus prestigieuses programmations françaises. Parallèlement, les Grands Interprètes proposent un programme "Musiques du monde", avec par exemple en 2007 Goran Bregovic, the Gotan Project... Visiter le site des Grands Interprètes.

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Image extraite de l'article "Les promesses de Lizac"