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Publié le mercredi 3 novembre 1999 dans la rubrique :
Mon press-bookCulture Loire n° 1 : sommaire
Je connais une ville où les jeunes groupes de rap répètent dans des salles insonorisées, que la communauté met à leur disposition. Dans cette ville, cohabitent un chorégraphe de renommée internationale, deux ou trois cinémas art et essai, un chef d’orchestre baroqueux qui s’éclate dans de folles opérettes, des étudiants journalistes et des journalistes insolents. Dans cette ville, je sortais le soir, bien après le couvre-feu, et marchais seule, sans crainte, dans des rues peuplées de jeunes flânant au sortir d’un concert de bistrot, et de moins jeunes revenant d’une expo nocturne. C’est une ville ordinaire, avec sa délinquance, son prix de l’eau, ses parcmètres. Ce n’est pas Saint-Étienne.
Ici, le soir, je m’enferme. Les rues sont désertes, les bars fermés pour le film en prime-time, les expos cachées derrière les rideaux de fer. Ici, personne ne sort, parce que les rues sont noires. Et les rares noctambules pressent le pas, l’œil alarmé et la nuque raidie. Chacun rêve de théâtres bruyants, de bars enfumés, de lumières qui scintillent, là ou les façades aveugles n’offrent au passant que les béances de leurs fenêtres crevées.
Il suffirait de si peu de choses pour que tous, enfin, aillent à la rencontre des multitudes d’artistes esseulés, qui persistent à travailler pour ceux qui n’ont pas peur du noir. Il suffirait de rendre au public les salles fermées, les caves oubliées, les rues abandonnées. Est-ce trop demander ?
Culture Loire n° 1 : sommaire
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