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Publié le mardi 12 août 2003 dans la rubrique :

Le p’tit journal du Cantal

J’aimerais qu’on m’explique

Les effets de la canicule sont de plus en plus dévastateurs. Sur les hommes, sur les bêtes. On n’y peut rien, ou pas grand chose. C’est la nature. Mais il me semble que, parfois, on pourrait faire en sorte que ce soit moins pire.

Il y a deux ou trois choses qui ne me paraissent pas très cohérentes. Bien sûr, je ne suis pas une spécialiste de la question. Des question, devrais-je écrire, parce qu’elles sont multiples. Mais cela ne m’empêche pas d’avoir, parfois, ma petite opinion, ni de trouver qu’on ne fait pas ce qu’il faudrait quand il le faudrait.

Premier exemple, pas bien méchant : à Aurillac, il y a une école d’équitation. Avec des chevaux, des poneys, deux manètes couverts dont le sol est en sciure, et une grande carrière de sable. Ainsi que quelques prés et des paddocks. Bon. L’usage et la nécessité commandent d’arroser quotidiennement les manèges et la carrière, afin de limiter les effets de la poussière sur les poumons des chevaux et des cavaliers. Dans les manèges, il fait un peu moins chaud que sur la carrière, et l’arrosage "tient" plus longtemps : la sciure joue le rôle d’une éponge, et l’humidité y reste pendant quelques heures, à condition d’inonder littéralement le sol. Mais la carrière sablée, elle, est pire qu’un désert ; elle absorbe la chaleur du soleil dès le matin, et tout arrosage est manifestement inutile : l’eau s’évapore dès qu’elle atteint le sol. Et quoi qu’il en soit, une heure à peine après qu’on a coupé l’eau, il y règne une chaleur torride, insupportable pour les montures et leurs cavaliers. En résumé, la carrière est inutilisable. Alors j’aimerais qu’on m’explique pourquoi tous les matins un arroseur automatique y crache des milliers de litres d’eau. Tandis que la mairie envisage de restreindre l’alimentation sur certains quartiers, voire de procéder à des coupures. L’école d’équitation consomme à elle seule, chaque jour, plus d’eau que ne pourra en dépenser le plus gaspilleur des ménages. Et tant qu’à arroser, pourquoi ne pas irriguer les prés et les paddocks, afin que les chevaux aient un peu d’herbe. Ce serait toujours mieux que le foin immonde dont ils ne veulent plus.

Deuxième exemple. Plus problématique. Une brève de l’agence de presse Agrafil annonçait, hier, qu’un million de poulets étaient morts la semaine dernière à cause de la canicule, contre 3 à 400 000 les semaines précédentes. Les poulets périssent dans les tunnels d’élevage où la température peut dépasser 50°. Alors là, j’aimerais qu’on m’explique pourquoi les éleveurs ne lâchent pas les poulets, plutôt que de les laisser crever. Et qu’on m’explique avec des mots simples et convainquants, parce qu’il y a vraiment un truc qui m’échappe. Dehors, ces animaux grégaires resteraient bêtement serrés les uns contre les autres à l’ombre du bâtiment, pour peu que l’exploitant y place les mangeoires. Et même si quelques-uns disparaissaient, allaient se faire écraser sur la route, étaient volés : la belle histoire. Ce serait moins pire que de voir la totalité du cheptel finir dans une fosse avec de la chaux vive. Franchement, je pige pas. Soit je suis complètement idiote, soit c’est l’éleveur. Les éleveurs, parce que les élevages qui enregistrent des pertes massives sont légion. Bon, j’arrête, je vais devenir méchante.

Troisième exemple. Le dernier, inacceptable. Les urgences des hôpitaux sont saturées, et voient affluer des gens victimes de déshydratation. Au premier rang de ces patients : les personnes âgées, qui viennent des maisons de retraite et des services de gérontologie des hôpitaux. Alors là c’est le comble. Parce que les vieux crèvent comme les poulets. Surchauffés dans des hangars (ou assimilés) où ils sont maintenus sans climatisation. Hormis quelques résidences de luxe hors de prix, les Mapad et autres ne sont pas climatisées. Alors que chacun sait que le premier ennemi d’une personne âgée, c’est la chaleur. On croit rêver. Ce n’est pas un scoop, j’en conviens. Deux membres de ma famille sont des personnes âgées hospitalisées. Ou plutôt étaient, parce que ma grand-mère est morte le 25 juin, dans sa chambre surchauffée. Peut-être pas à cause de ça, peut-être. Mais ça l’a sûrement bien aidée. Le deuxième suit le même chemin, ce n’est qu’une question de jours. Une fois encore, j’aimerais qu’on m’explique pourquoi on ne climatise pas les structures destinées à recevoir les vieux en attendant qu’ils meurent. On réduit le délai. Officiellement, on brandit le sceptre de la légionellose. Dans les couloirs et les conseils d’administration, on parle d’investissements lourds que malheureusement on n’a pas les moyens de s’offrir, au grand regret de. C’est bien la peine de perdre son temps à palabrer sur la question de l’euthanasie. Des tas de gens meurent aujourd’hui plus tôt qu’ils n’auraient dû. Mais il n’y aura aucun débat à cause de ça, aucun procès, rien. Que voulez-vous, on n’y peut rien, c’est la nature.

En bref

ENLÈVEMENTS

C’est terrible. On connaissait le Front de libération des nains de jardin, qui a plongé dans la douleur des centaines de familles. Aujourd’hui, il y a pire. Les kidnappeurs d’épouvantails. Des gens sans scrupules qui pillent les carrefours de nos campagnes, les vergers et les entrées de villages, sans tenir compte des protestations des créateurs de ces poupées de paille, qui les ont façonnées avec tant d’amour. Il faut que cela cesse. D’ailleurs, Georges Delpuech, le maire de Lafeuillade-en-Vézie, a pris les choses en main. Et a envoyé un communiqué que je me suis fait un plaisir de publier intégralement dans L’Union agricole et rurale. Le voici : "Les personnes en manque de compagnie sont priées de faire appel à des agences spécialisées plutôt que d’emporter les épouvantails sans le consentement de leurs parents."

AUSCHWITZ-EN-CANTAL

Il y en a qui ne doutent de rien. Selon un correspondant qui signe "anonyme" en toutes lettres, l’agglo d’Aurillac envisage de "baguer" les festivaliers pour distinguer les occupants légitimes du camping de l’Ombrade des autres. Une atteinte à la liberté insoutenable, si l’on en croit notre ami : "Après le parcage, le marquage, (...). Cela nous ramène au bon vieux temps de l’étoile jaune des juifs et préfigure de joyeux instants contestataires (...) au regard de ces brimades d’un autre temps." Et d’interpeller le président de la communauté d’agglo : "Qu’en pense le défenseur des Droits de l’homme ?" Ce que j’en pense, moi, c’est que cet "anonyme" ne devrait pas faire chier le monde dans un camping, mais aller crever tranquille dans une maison de retraite sans clim. Ça y est, je suis devenue méchante.

L’image de la semaine

Le chêne est mort

Juste derrière chez moi, en haut du pré d’Hugolin, le chêne est mort. Son feuillage a pris la teinte de l’herbe roussie. Pourtant, près de lui, ses congénères tiennent encore le coup. Tous ensemble, ils se font de l’ombre. Lui, juste un peu plus loin, a voulu faire l’original. Il n’était pas bien vieux, pas bien haut, et il était seul. (photo Dominique Bardel)

Le lien de la semaine

Pour notre dernière semaine ensemble, je n’allais quand même pas vous priver du lien qui vous permettra de suivre l’actualité aurillacoise, la vraie, la seule qui mérite d’être connue. On ne se refait pas, et dans ce pays exclusivement agricole et traditionnel, je vous livre, en cadeau d’adieu, un lien... culturel. Venez voir ce qui se passe au festival de théâtre de rue d’Aurillac.

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Image extraite de l'article "Françoise Alard, une principale heureuse"