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Publié le mercredi 23 février 2000 dans la rubrique :
MusiqueLes métiers du spectacle sont d’une infinie variété. Dans chaque numéro de Culture Loire, nous consacrions un article à l’une des innombrables professions de la culture. Lorsque ce travail nous permettait de rencontrer des gens fantastiques, c’était alors le plus beau des encouragements : nous avions la certitude de faire ce qu’il fallait. Ce fut le cas pour moi lorsque j’ai connu Jocelyn Pras.
"Couleurs cuivres" : concert ou spectacle ? Cette création de l’ensemble Odyssée, actuellement en résidence dans la Loire, allie musique et mise en scène, dans la veine des spectacles musicaux du Quatuor. Face au public, six musiciens-acteurs. Mais, au fond de la salle, se cache l’un des personnages-clé de l’histoire. Le septième musicien, avec ses partitions de lumière.

Jocelyn Pras est percussionniste. Conservatoire et tout ce qui va avec : solfège, écriture et pratique instrumentale. Il aurait pu devenir concertiste, et s’éclater à taper comme un fou au lever du soleil de Zarathoustra. Ou mal tourner et devenir batteur avec des solos stupéfiants qui tiennent le public en haleine. Soit, il vit dans un univers on ne peut plus musical. Mais c’est avec des notes de lumière qu’il exprime son talent : Jocelyn Pras est régisseur lumière et éclairagiste.
Le public ligérien connaît son travail grâce aux concerts de l’ensemble Odyssée. Six musiciens (cinq cuivres et un percussionniste) qui ne peuvent pas se passer de lui. Tous parlent le même langage : la musique. “Pour créer les lumières d’un spectacle musical, évidemment, c’est un atout de taille que de savoir lire la musique”, affirme Jocelyn. Ce qui paraît être une évidence relève plutôt de l’anecdote : rares sont les éclairagistes capables de travailler en suivant un conducteur d’orchestre.
C’est cette connaissance qui lui permet de créer des ambiances “destinées à servir la musique, à la souligner, et non à l’occulter”. Là où d’autres produiront un spectacle vaguement son et lumière, avec, parfois, des liens pour le moins distendus entre musique et éclairages.
Le régisseur lumière commence à travailler lorsque le spectacle est - à peu près - abouti. “J’interviens pour la création une fois que la mise en place est pratiquement faite : jusqu’à ce moment, mon rôle est limité. Il n’est pas question que j’intervienne dans la mise en scène, mais je reste en contact constant avec les musiciens, qui tiennent compte de mon avis, notamment pour les contraintes techniques.” Une fois le spectacle entièrement écrit, le rôle de Jocelyn reste primordial : “Il faut sans cesse s’adapter aux lieux de représentation. La veille du concert, une répétition est consacrée à placer les repères au sol (les bouts de scotch fluorescent) et à poser le matériel”. Tout est prévu, il n’y a pas de place pour l’improvisation : “le musicien doit être sous la lumière au bon moment”. Mais cette préparation minutieuse n’exclut pas une marge de liberté indissociable de tout travail artistique. “Les effets sont programmés et constituent une base pratiquement immuable d’une représentation à l’autre ; mais j’interviens, “à la main”, tout au long du spectacle, pour m’adapter aux mouvements des artistes. Il faut toujours être attentif.”
"Couleurs cuivres" met en œuvre un important dispositif lumière. Mais un nouveau spectacle de l’ensemble mettra encore plus en valeur la créativité de Jocelyn Pras. "Opéra soufflé", qui sera créé à Feyzin le 23 mars dans le cadre du festival Musiques en scène, avec des musiques de Michaël Levinas et Kurt Weill, promet “des lumières beaucoup plus fines et travaillées”. À n’en pas douter, ce sera un concert... lumineux.

Jocelyn Pras est issu de l’école supérieure des techniques du spectacle. Une formation qui lui a permis, comme souvent dans le monde artistique, de “gagner du temps”. Mais l’école reste un moyen marginal pour accéder au métier d’éclairagiste, la norme étant... la formation sur le tas.
Pour ceux qui suivent la voie scolaire, la préparation au DMA (diplôme des métiers d’arts) constitue la meilleure solution pour acquérir les connaissances théoriques et techniques. L’enseignement comporte trois axes :
Ce diplôme, préparé en deux ans, concilie cours magistraux et de nombreux travaux en ateliers, avec des professionnels du spectacle. De niveau III (comme le BTS), il est accessible avec le bac STI spécialité arts appliqués, un BMA (brevet des métiers d’art) ou un brevet de technicien des arts appliqués. Pour les bacheliers des sections généralistes, il est nécessaire de suivre un an de mise à niveau.
Certaines écoles préparent à des diplômes homologués, autres que le DMA. C’est le cas notamment de l’École nationale des arts et techniques du spectacle (ENSATT) à Lyon, et de l’École supérieure d’art dramatique du théâtre national de Strasbourg. Dans tous les cas, les conditions d’accès sont extrêmement difficiles. À titre indicatif, il est bon de savoir que le concours d’entrée à Strasbourg, qui a lieu deux ans sur trois (le prochain se déroulera en octobre 2001, mais il faut s’inscrire maintenant), en section régie, retient 3 ou 4 candidats sur 80 postulants.
Reste la voie la plus courante : l’apprentissage empirique, sur le tas, dans un théâtre. Beaucoup d’éclairagistes ont débuté comme techniciens, souvent en proposant leur aide courageuse et bénévole sur les spectacles de leur région. Le temps et l’expérience venant, il faut se faire un nom pour enfin être considéré comme un professionnel.
Une exigence qui vaut aussi pour les diplômés des écoles, même si leur formation leur offre de nombreuses opportunités. “Ce n’est pas mon diplôme qui m’a permis de trouver du travail”, témoigne Jocelyn Pras, “mais l’école m’a permis de rencontrer le monde du spectacle, au cours des stages. Cela m’a permis d’aller plus vite, mais j’ai quand même dû faire mes preuves.”
Préparation au DMA - régie lumière
Autres diplômes
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