Le jardin de DB

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11 commentaires

Publié le mardi 1er septembre 2009 dans la rubrique :

Petits riens sur tout

En parler ou pas

Il y a ceux qui savent depuis déjà plusieurs mois, il y a ceux qui ont compris en lisant les derniers chapitres de la Maison du général. Ceux que j’ai informés personnellement, ceux qui ont appris par hasard. Et puis tous les autres : une grosse centaine de visiteurs par jour dans mon Jardin, qui arrivent là par accident, au hasard d’une requête dans un moteur de recherche. Tous ceux-là s’en moquent.

Et puis il y a moi. L’auteur de ce site, qui l’ai dessiné, qui l’ai nourri, qui l’ai toujours revendiqué comme étant le contraire d’un blog : mes pages sont censées ne montrer que ce que je veux montrer, ce n’est pas un journal intime en ligne, ce n’est pas une vitrine sur ma vie. C’est juste un site qui me permet d’afficher ce que je sais faire. Seulement voilà : ces pages, quel que soit le nom que je leur donne, quelle que soit la fonction que je leur attribue, c’est moi. Quand même. Les gens viennent me lire parce qu’ils aiment ce que j’écris ; c’est du moins ce que je crois. Que je les connaisse ou non, ils entretiennent avec mon jardin une relation que je ne maîtrise pas. Mes pages sont celles de tous ceux qui les visitent. Y compris des tordus, et ils sont nombreux, qui recherchent des photos d’enfants nus.

J’ai écrit, créé, modelé, façonné les cinq cents et quelques pages de ce site, et le résultat est là : je n’ai pas contrôlé grand chose, et la somme de tous les textes que j’ai mis en ligne n’est que mon reflet. Un reflet infidèle, incomplet, mensonger, mais réel.

Aujourd’hui, les mots me manquent. Je ne sais plus écrire, je n’arrive plus à partager, pas même des histoires, et le Jardin, comme ma vie, s’effondre. À ne pas vouloir laisser mes doigts faire leur chemin sur le clavier, j’ai laissé le silence me museler. J’ai voulu attendre d’avoir quelque chose à vous raconter sur Marie-Honorine, j’ai essayé de poursuivre le récit de la Maison du général, j’ai tenté de me distraire en fouillant dans de vieilles photos. Je me suis trompée.

Je n’arriverai peut-être à rendre vie à ce site que lorsque j’aurai écrit ce que je dois écrire, maintenant, immédiatement. Pas pour me mettre à nu, pas pour attirer une compassion dont je ne veux pas, mais pour me libérer et tenter de repartir. Voici des semaines que je me pose la question : dois-je en parler, ou pas ?

Je savais que j’étais malade bien avant que le diagnostic ne soit établi. Je le pressentais. Je suis allée affronter la science lorsque j’ai cru que j’étais prête, mais je ne l’étais pas. Ce qui n’était encore qu’un mot, une idée, un secret qui saignait au fond de moi est devenu une réalité en une poignée de secondes. Le médecin a prononcé le mot et ma vie d’alors s’est soudain achevée. Depuis, je tente de m’accommoder des jours qui se succèdent sans que j’en possède le mode d’emploi. J’arrive parfois à me donner l’illusion que je garde le contrôle de cette nouvelle vie que je ne fais que subir, dépassée, impuissante, révoltée.

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©Jock Sturges - Athanase

Les tumeurs neuroendocrines à petites cellules sont classées parmi les maladies rares : mal connues, au pronostic sombre. Je ne comprends pas très bien quel est ce mal qui me détruit, se propageant dans mon corps dans le plus grand silence. Les médecins ne parviennent pas à apaiser la terreur qui parfois me gagne : ils ont peur, eux aussi, je crois.

En parler ? Pourquoi ? Je ne sais pas. Je n’ai même pas besoin d’une bonne raison pour ça. La maladie, désormais, est au centre de ma vie, elle est toute ma vie, je ne suis plus qu’un corps malade. Ne pas en parler, ce serait tout simplement l’étape ultime avant la destruction du Jardin.

En parler pour remarquer à quel point, au fil des mois, les textes que je mettais en ligne annonçaient ce qui allait advenir. Toute cette fatigue, cette urgence que je ressentais à vivre, vivre, vivre absolument. En parler pour laisser exploser ma colère contre ceux qui m’ont fait perdre tant de temps. Qui me disaient d’être patiente, qui me répondaient « plus tard ». Ma rancune contre ma hiérarchie, notamment, est sans bornes. Je voulais juste travailler, travailler bien, donner ce que j’avais, et maintenant c’est trop tard. Comme je leur en veux. Quel gâchis. Je me suis pourtant tellement battue.

Qu’ai-je donc réussi ? À quoi ma vie a-t-elle servi ? Pourquoi ai-je passé toutes ces années à me répéter sans cesse que je devais absolument grandir, m’élever, accomplir quelque chose ? Qu’ai-je fait ? J’ai tout juste réussi à plonger dans la douleur mon fils et son père, dont les solitudes côtoient la mienne chaque jour.

Tout cela va s’arrêter, je ne sais pas quand, dans quelques mois. Combien ? Je suis désormais incapable de conjuguer au futur, j’ai arrêté de ruminer ce passé minable qui m’a conduite là où je suis aujourd’hui. Je vis comme un animal, dans le présent immédiat, sans faire de choix, sans nourrir de projet, sans rêver, sans penser. Je savoure les instants où la douleur m’oublie pour m’attarder sur la douce sensation du soleil sur ma peau : je suis un reptile. Un reptile empli de fureur.

En parler ne sert à rien. Cela sert juste à faire exploser la muselière qui m’étouffait. Ma centaine de lecteurs accidentels va probablement prendre la fuite ; les quelques dizaines de fidèles vont quitter cette page pour fuir le malaise que je leur impose. Ce site, c’est moi. Moi, désormais, c’est la peur et la douleur. Je n’y peux rien. Pardonnez-moi.

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Vos réactions

 
En parler ou pas
1er septembre 2009 15:23, par Ardalia

Je n’ai rien à te pardonner et n’ai pas envie de m’enfuir, j’ai envie de t’entendre. Ton texte remue beaucoup de sentiments, bien sûr, et soulève quelques réflexions. Par exemple, tu admets t’être battue contre la hiérarchie, mais tu nous disais il y a peu refuser ce vocabulaire guerrier dans ton approche de la maladie, pourquoi cette différence ? Ce que tu dis n’avoir pas accompli, il me semble pourtant le voir dans ce site, ce billet, ces reflets de toi. D’ailleurs, que sommes-nous capable de voir, sinon des reflets, ceux de la lumière sur les molécules, et les couleurs que nos yeux sont capables de percevoir ? Est-ce que « grandir », ce n’est pas s’apercevoir que l’on ne grandit pas comme on le veut, mais comme on peut ? Etc. J’arrête là avant que tu aies à prendre un aspro en plus des médocs... C’est bien de te démuseler, il y a de ces moments où la politesse ne serait qu’une injure à la vie, on peut sans doute l’écarter sans remords. Dis la douleur, dis la peur, c’est ton droit le plus strict et nous pouvons l’entendre. Comme tu dis, question de priorité... Désolée si j’ai pontifié, de bien grosses bises quand même.

En parler ou pas
1er septembre 2009 15:50, par Julien

Je ne vais pas fuir non plus. Je vais juste attendre tes prochains textes, tantôt passionnants, tantôt amusants, tantot tristes, tantôt émouvants. J’espère que parvenir à t’exprimer t’aidera à te sentir un peu mieux. Nous sommes là pour lire, pour t’écouter, pour te soutenir. Je suis de tout cœur avec vous.

En parler ou pas
1er septembre 2009 19:56, par balmeyer

Commenter ou pas...

En parler ou pas
1er septembre 2009 21:01, par Pomme

Pourquoi veux-tu qu’on fuie ? (tiens, il m’a fallu Bescherelle sur ce coup-là). Tes textes m’ont toujours apporté des moments de bonheur et de réflexions et je continue à te lire avec la même émotion. Dis-toi qu’internet t’a permis de traverser les frontières, toi qui a horreur de l’avion, pour rencontrer des gens de nulle part et d’ailleurs, et ces gens qui continuent, au fil des années à te lire et à te parler.

Alors, en parler, oui, je crois.

Bises_de_la_Pomme

En parler ou pas
2 septembre 2009 23:37, par Hubert

En parler oui, cela nous fait tellement plaisir de te savoir devant le clavier de l’ordi,pour nous faire partager tes belles pages d’écriture et cela malgré la fatigue qui te gagne,on peut le comprendre.Il faut se battre surtout ne jamais baisser les bras et parfois cela vaut le coup,dix ans que je cohabite avec ce mal ?...Pas toujours facile,mais il faut vivre avec.

En parler ou pas
3 septembre 2009 15:46, par Véronique

Pourquoi fuir ? Chercher comment commenter, et que répondre... Essayer de de me souvenir de semaines d’hôpital après des opérations et de la difficulté à partager ce poids avec les visiteurs , réels ou virtuels... Tenter à distance de compatir à ta souffrance , mais sûrement pas fuir.... ! On t’aime , même la-bas, loin .... derrière nos écrans d’ordinateur ; pour tout les textes lus ici et les images choisies, merci .

En parler ou pas
3 septembre 2009 22:03, par Umanimo

Moi, ça ne me donne pas envie de fuir, mais plutôt d’accourir, mais ça, tu le sais déjà.

J’aime que tu puisses en parler sur ce site (ton site, ta création et tu peux en être plus que légitimement fière, contenu et contenant). Je ne sais pas ce que ça t’apporte. Quelque chose sûrement, sinon, tu ne le ferais pas. En tout cas, à tes visiteurs, fidèles ou occasionnels, ça apporte beaucoup.

L’émotion me coupe la suite des mots. Je ne sais quoi dire d’autre.

UMA

En parler ou pas
3 septembre 2009 22:14, par Umanimo

Autre chose : ça fait plusieurs fois que tu parles de ta vie et que tu dis l’estimer ratée.

Tu vois le chemin que tu aurais pu accomplir, celui qui que tes talents auraient dû t’ouvrir, celui qui aurait pu être devant toi. Dans un sens, tu as raison, tu méritais mieux.

En même temps tu ne vois pas celui qui est derrière et sur lequel tu as semé des merveilles. Heureusement, nous sommes quelque un(e)s (et sûrement plus nombreux que ceux qui s’expriment)à les voir et à nous en nourrir. Merci pour tout ça.

UMA

Et puis quoi, encore ?
4 septembre 2009 10:20, par brendufat

Partir ? T’as vraiment des idées à la c... quand tu t’y mets :)

En parler ou pas
3 octobre 2009 01:58, par Vieux motard

Je n’ai pas trop l’habitude de trainer mes gros sabots sur ce site de papier (trop peur de l’abîmer), mais j’aime y promener une fois de temps en temps mon « Opera », histoire d’avoir des nouvelles et je compte bien continuer encore, tant que t’auras la force de tenir la rampe.

Quand a juger ta vie inutile, les nôtres aussi, tout le monde aurait si bien pu s’en passer, comme dit le chanteur et pourtant, il y a encore du monde qui postent par ici, c’est bien que ces personnes y trouvent leur compte, tout comme toi d’avoir fait ce joli site.

Ta fureur, détourne là sur ce qui te rends malade, peut-être celà t’aidera, peut-être pas, mais si tu n’essayes pas, tu ne sauras pas. J’ai vu une copine faire leur affaire a deux cancers successifs en 15 ans, depuis je me dit que tout est possible après tout. Reposes-toi aussi un peu sur Jean Pierre et Freddy, ça sert aussi à ça une famille.

En parler ou pas
7 février 2010 18:49, par Martial

Merci pour tout ce que vous donnez. Il est grand le pouvoir des mots, il peut nous emmener loin, haut. Umanimo a raison de parler de nourriture et l’image d’un jardin que vous cultivez au profit des gens de passage est merveilleusement juste.

 

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