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Publié le mercredi 1er décembre 1999 dans la rubrique :

Musique

Édition musicale

Deux croches et une passion

Le Roi de Lahore : la renaissance d’une partition

Au bord d’un chemin du Chambon-sur-Lignon, dominant le paysage alentours, se cache une petite société d’édition : Deux croches noire. Une entreprise familiale au service d’une passion, la musique.

Créée en 1993, la SARL de presse Deux croches noire n’a pas pour ambition de rivaliser avec les grandes sociétés d’édition musicale. Petite structure familiale, elle poursuit simplement le but de favoriser la diffusion d’œuvres oubliées, qui méritent d’être redécouvertes. Souplesse, rigueur et modestie pourraient résumer la philosophie de la maison.

À son catalogue, on trouve de grands opéras, dont Richard III de Daniel Auber, commandé par l’opéra de Compiègne, une collection d’œuvres pour trombone, et l’opéra actuellement à l’affiche à Saint-Étienne : Le Roi de Lahore de Jules Massenet. Actuellement, se prépare l’édition critique d’œuvres pour hautbois des XVIIIe et XIXe siècles, exhumées par la musicologue Florence Badol-Bertrand.

L’informatique au secours de la copie

Pour réaliser ce travail, la société fait appel aux services de musiciens, habituellement intermittents du spectacle, dans le cadre de contrats ponctuels. Serge Badol, corniste de son état, membre du Nouvel orchestre de Saint-Etienne (Nose) et sociétaire des Concerts Colonne, réalise ainsi une grande part des travaux édités par Deux croches noire.

“J’ai toujours réalisé des copies de partitions originales, pour mon propre usage”, explique le musicien. “La copie manuscrite, pour un gaucher, est assez fastidieuse... Alors, lorsque l’informatique musicale s’est développée, je m’y suis aussitôt intéressé. Les possibilités offertes par ces nouvelles techniques ont rapidement incité les membres de ma famille à créer une société, afin de favoriser, à la demande de notre entourage, la diffusion de pièces introuvables.” Il est vrai qu’en épousant Florence, il a inclus dans son cercle familial trois musiciens brillants : Emmanuelle et Jérôme Bertrand, respectivement violoncelliste et contrebassiste, et son épouse, hautboïste de formation, et sœur des précédents. En outre, son environnement professionnel ne lui laisse aucune chance d’échapper à la musique... Ce dont il ne se plaint pas.

C’est grâce à l’enthousiasme et au soutien d’un tel entourage qu’il a réussi à copier l’intégralité de la partition du Roi de Lahore. “Pendant près d’un an, j’ai passé tout mon temps à travailler sur cet opéra. Je poursuivais, parallèlement, mon métier d’instrumentiste... C’était un rythme infernal. Ma famille ne me voyait qu’à l’heure des repas, je ne dormais que quelques heures par nuit, pour être en mesure de rendre mon travail à la date prévue.”

Des centaines de pages griffonnées, issues de sources différentes, à mettre au propre : c’est là le travail du copiste. Le Roi de Lahore, aujourd’hui, bénéficie enfin d’une édition “lisible”, harmonisée, sur laquelle travaille le Nose, et dont bénéficie le public du festival Massenet. Difficile d’imaginer, en voyant les artistes sur scène et dans la fosse, que le spectacle est issu d’un si lourd travail, réalisé dans l’ombre d’une soupente au Chambon-sur-Lignon...

Une équipe dans l’ombre

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Serge Badol

Une tâche d’autant plus humble qu’elle constitue l’ultime étape d’un travail collectif. Après avoir rassemblé les différents fragments de la partition originale, dénichés tant à la Bibliothèque nationale qu’en Italie, Patrick Fournillier (directeur artistique du festival Massenet) et Jean-Louis Pichon (directeur de l’Esplanade) ont opéré des choix musicaux parmi des versions parfois très différentes. C’est ensuite que les partitions morcelées ont été assemblées, corrigées, parfois complétées, avant d’être copiées dans l’ordinateur de Serge Badol. “Ce travail a nécessité une très lourde préparation, qui a été réalisée par Bernard Allemand, altiste au Nose, et bibliothécaire de l’orchestre. C’est lui qui me fournissait les pages à éditer”, précise le copiste, rendant hommage à la méticulosité de son compagnon d’orchestre.

Travail d’équipe, presque anonyme, pour offrir au public un opéra dans une version pratiquement intégrale (à l’exception d’un long ballet, intégré dans la partition mais qui n’est pas présenté sur scène) : ce résultat n’a pu être obtenu que grâce à la souplesse, liée à sa petite taille, de Deux croches noire. Lorsqu’on sait qu’une grande société d’édition demande jusqu’à cinq ans pour rééditer une œuvre, on réalise à quel point la restitution du Roi de Lahore, en quelques mois, relève de l’exploit. Accrochée aux flancs du Pilat, Deux croches noire, c’est simplement la modestie au service de la musique.

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Image extraite de l'article "Une féérie pour enfants de tous âges"