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On a les p’tites manies qu’on peut. Certains sont accros à Questions pour un champignon, moi c’est Thalassa. En dépit de la mocheté inégalable du générique. En fait pendant longtemps, Thalassa, j’ai pas regardé, décrétant que ça ne m’intéressait pas. Et puis un soir de désœuvrement, rien à vous écrire probablement, rien à lire chez vous non plus, sûrement (comme quoi ce qui m’arrive est entièrement de votre faute), j’ai zapouillé un peu et je me suis laissé accrocher par un reportage. Et puis un autre, et puis voilà, maintenant, mon fils est privé de Bones et son père privé de zapette tout court (je garde le sceptre du pouvoir dans ma poche, ou fermement tenu dans ma main opposée à l’homme de ma vie, c’est pour lui éviter de se faire un trou au pouce à force de zapper). Et je regarde Thalassa comme les vieux regardent Les Feux de l’amour. Côté générique, lequel est le plus horrible ? Je sais pas. Dur à dire, en fait. Mais l’émission, une fois qu’on a passé l’affreuse musique et les poissons de synthèse, alors là, chapeau. Elle devrait être inscrite dans la Constitution, tiens, ça tombe bien, on est en train de la tripoter sans rien nous dire pendant que nous on regarde le tennis, puis le foot. Autant en profiter et faire quelque chose d’utile.
Donc. Je ne vais pas vous faire un cours sur le magazine de la mer, ni même vous expliquer en détail ce que j’ai regardé hier soir : soit vous avez vu et vous êtes déjà au courant, soit vous avez pas vu et franchement, vous en avez rien à cirer (de marin, ha, ha, je suis contente, je voulais la caser (de homard) celle-là. C’est fait.).

Il arrive juste que, parfois, certains reportages me frappent et me hantent. Il arrive même qu’ils me poursuivent pendant plusieurs mois, un peu comme de très bons bouquins qui m’auraient saisie, ou de très beaux tableaux. Il y avait un de ces reportages-là hier soir dans Thalassa, et je voulais vous en parler. J’avais déjà tenté l’expérience avec La Mort du travailleur, vous étiez restés complètement indifférents, c’était un bon début, donc je récidive. ![]()
Le reportage diffusé hier a été réalisé par Daniel Grandclément. Intitulé Les Martyrs du golfe d’Aden, ce film retrace le périple qu’entreprennent des milliers d’Éthiopiens et de Somaliens pour échapper à la famine, à la guerre, à la dictature. Ils traversent le golfe d’Aden, entre la corne de l’Afrique en Somalie et le Yémen, à bord d’embarcations où les passeurs, après les avoir délestés de tous leur biens et leur avoir fait payer un péage de 50 dollars, les entassent comme du bétail. Le reporter a embarqué avec les réfugiés, et a vécu avec eux une traversée inhumaine de trois jours.

Bien sûr, nous savons à peu près ce qui se passe en Afrique, l’Éthiopie, le Darfour, le Tchad, toutes ces guerres, les affiches de l’Unicef, tout ça, on est au courant. Le reportage met l’accent sur la dignité des réfugiés, sur leur dénuement et leur détresse, qui s’exprime avec une telle sobriété qu’elle nous atteint, nous avec nos ennuis de gasoil cher, plus sûrement que de nombreuses campagnes de presse.
Je suppose que le caractère bouleversant de ce film vient du fait que Daniel Grandclément a été exposé aux mêmes dangers, aux mêmes sévices et aux mêmes peurs que les gens dont il partageait le sort. Il a été lui-même dépouillé par les passeurs, frappé, menacé, puis jeté à l’eau près d’une plage du Yémen. Il n’a pu sauver qu’un film de sa caméra noyée. Mais cette seule pellicule en montre assez.

Le reporter a été arrêté au Yémen pour être entré illégalement dans le pays, emprisonné, questionné, soupçonné... Il ignorait que, sur la plage où il échoua avec les voyageurs survivants, en pleine nuit, se trouvaient deux autres journalistes de télévision, qui ont filmé le débarquement des réfugiés épuisés, mais pas brisés.
Voilà. Un grand film, si fort et terrible que l’ONU en organise des projections auprès des Africains candidats à l’exil pour tenter de leur faire percevoir l’ampleur des dangers qui les menacent. Ce reportage a été récemment couronné par le Grand prix du Figra (Festival international du grand reportage d’actualité).
Je vous invite à lire sur leblogtvnews un entretien avec Daniel Grandclément, qui explique ce qui l’a poussé à tourner ce documentaire, puis à le diffuser, le plus largement possible.
Si vous avez la possibilité de voir ce reportage, faites-le. En voici un extrait :
Un autre extrait se trouve sur Dailymotion, peut-être plus terrible... Il ne s’agit pas de voyeurisme, ni de sensiblerie, ni d’achat de bonne conscience à bon compte. Il s’agit juste d’un témoignage précieux, très humain, sur la douleur des hommes. Le deuxième extrait rend compte de la douleur d’un enfant, et ces images sont vraiment difficiles.
Voilà. Le général et ses pairs sont venus apporter la civilisation en Afrique. Ils étaient probablement sincères, avaient sûrement foi en leur mission. Ils ont failli. Les drames qui frappent les peuples africains aujourd’hui auraient peut-être eu lieu quand même, c’est possible. C’est même probable. Mais...
DB_et_la_migration_des_crabes_rouges_qui_se_font_bouffer_par_les_fourmis,
_c’est_flippant,_aussi ! ![]()
Je ne regarderais pas ces films. Ce que tu en dis me suffit. Les images en plus ne peuvent que me faire encore plus mal. Je n’ai pas envie de voir en plus de savoir à quel point l’humain peut être « inhumain ».
Thalassa, je ne regarde pas, pourtant je sais que c’est une bonne émission, mais la télé, je n’ai vraiment pas le réflexe.
UMA
Thalassa est une des quelques émissions qui ont réussi à durer sans prendre leurs spectateurs pour des benêts. Continue de veiller sur la zapette...
Uma -> Je comprends ta position. Cependant, il ne s’agit pas tant de voir des images dures ou violentes, que de réaliser à quel point le travail des journalistes est d’une nécessité absolue. Ce que nous savons aujourd’hui, la mémoire que nous gardons de ces images terribles de bateaux de la mort, nous le devons à des gens comme ce reporter, qui a certainement cru qu’il n’arriverait jamais sur l’autre rive.
Brendu-> Ben tu vois, des fois, on serait prêts à commettre les pires horreurs pour garder le contrôle de la zapette. L’Arche d’alliance, à côté, c’est un gadget. Celui (ou celle... gnark gnark) qui détient la zapette détient le Pouvoir Absolu. Heureusement pour l’équilibre familial, je regarde peu la télé. Je n’arrive pas à rester éveillée devant les zimages qui bougent, sauf si ça m’intéresse. C’est assez rare, en fait.
DB_qui_préfère_son_ordi
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