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Prenez n’importe qui dans la rue. Vraiment n’importe qui. Et demandez-lui de citer, comme ça sans réfléchir, le nom d’un compositeur “classique”. N’importe qui vous répondra tout de go : “Mozart”.
N’importe qui pourra même, sans trop hésiter, donner deux ou trois titres d’œuvres du Maître. À commencer par la Petite Musique de nuit (Sérénade en Sol Majeur KV 525) [1]. Avec un peu de bonne volonté, il pourra fredonner “L’air de La Flûte enchantée” (la soprano colorature qui fait ha-ha-ha-ha-ha-haaaa-haaaa-haaaa-haaaaaaaaaa - Acte 2, Der Hölle rache). Bref, Mozart, tout le monde connaît, c’est la “musique classique” à lui tout seul.
Quand on aime la musique classique, on aime Mozart. Forcément. Même si c’est plutôt baroque, pour les puristes, du baroque sur la fin, mais pas encore vraiment le début du classique. Ou alors le tout début. Qu’importe, moi, allez comprendre pourquoi, Mozart, ça me saoûle.
Quand j’écoute Bach, Beethoven (sauf peut-être Fidelio, mais c’est probablement à cause d’une générale [2] qui fut probablement la plus laborieuse à laquelle il m’ait été donné d’assister, ça laisse de mauvais souvenirs ces trucs-là), il se passe quelque chose. Une émotion, une vague qui emplit la poitrine et empêche de respirer, et, j’avoue sans honte, fait parfois monter quelques larmes. Un truc qui transporte, qui fait penser d’instinct “C’est beau, c’est fort.” Si j’écoute Brahms ou Mahler, c’est encore pire. L’ivresse sans une goutte d’alcool. Quand j’écoute Mozart, rien. C’est bien écrit, forcément, c’est impeccable, c’est bien fichu, tout ce qu’on veut. Mais ça ne suscite aucune autre émotion qu’un terrible ennui. Si l’on me donne à entendre des extraits d’opéras, je les confonds tous. Pareil pour les symphonies, qui me plongent immédiatement dans un état de demi-sommeil suivi, si ça dure, d’une profonde tristesse.
Et depuis que, suivant l’exemple de René Jacobs et de son Concerto Köln, on nous joue Mozart sur instruments “d’époque” avec un diapason au ras des pâquerettes [3] (et un métronome saisie d’hystérie), la lassitude fait souvent place à un certain agacement.
Hérétique que je suis !
Heureusement, quelques musiciens ont croisé ma route et ont tenté de ramener dans le troupeau la brebis galeuse que j’étais. Ils ont failli y parvenir. Aujourd’hui, quelques œuvres ont réussi à atteindre mon cœur. Allons, allons... D’accord : dans le rayon d’honneur de ma discothèque, aux côtés de Mahler, Debussy, Gershwin, Bach, Ducas et Brahms (comment ça c’est tout mélangé ?), il y a le père Wolfgang, en en plusieurs exemplaires, même.
La “révélation” a eu lieu lorsque j’ai entendu, dans une épouvantable cathédrale à Saint-Étienne, où l’acoustique était proche de celle d’un hall de gare, le Requiem. Bah oui, je suis têtue, mais pas sourde, quand même. Les conditions dans lesquelles avait été donné ce concert avaient beau être déplorables, le Requiem, ça déchire. Si je ne devais emporter sur une île déserte qu’un seul disque, je serais bien embêtée. Je serais même probablement déchirée. Et peut-être bien que le Requiem de Mozart serait l’élu.
Ceux dont l’opinion comptait dans le petit monde musical stéphanois avaient beau me répéter que cette version de l’illustre messe n’était pas terrible, j’avais reçu quand même un sacré choc. Parmi ces avis “autorisés”, il y avait celui de l’organiste de la cathédrale en question, dont j’avais descendu en flammes l’acoustique dans mon article paru dans Le Progrès [4]. La dame (l’organiste) n’avait pas aimé que je critique “son” église, et m’avait envoyé une lettre acerbe dans laquelle elle précisait que l’interprétation était pas loin du n’importe quoi (elle ne l’a pas dit comme ça, mais en substance c’était quand même ça).
Donc voilà, le Requiem me permit enfin, à trente ans bien tapés, de rencontrer Mozart. Puis vint ma rencontre avec la musicologue Florence Badol-Bertrand (sœur de la violoncelliste de mon cœur, Emmanuelle Bertrand) [5], qui avait intensément donné de sa personne lors de la réalisation d’un coffret chez Harmonia Mundi, rassemblant autour de Cosi fan tutte toute une documentation dont l’élément central, outre l’enregistrement (René Jakobs), était un CD-Rom permettant de découvrir l’œuvre et le compositeur, le contexte artistique et tout le toutim. Une grande première à l’époque, une innovation dont Harmonia Mundi pouvait, à juste titre, être très fier.
Florence Badol-Bertrand étant stéphanoise, j’avais hérité le privilège de l’interviewer pour le compte du Progrès afin qu’elle explique à mes lecteurs comment elle s’était retrouvée dans cette aventure. Moi, qui vénérais la famille Bertrand tout en bloc, parents, enfants, maris et cousins, je n’avais qu’une seule trouille, c’était de passer pour une cloche devant Florence. Alors j’avais acheté à mes frais le fameux coffret, j’avais passé des heures et des heures à explorer le CD-Rom, des heures et des heures à écouter l’opéra, des heures et des heures à apprendre le livret (dans sa traduction française, mes notions d’italien s’étaient déjà envolées loin, très loin de mes années de lycée). Je suis arrivée devant mon interlocutrice blindée, connaissant à la triple-croche près la partition, gonflée à bloc. Et je ne suis pas passée pour une cloche : mission accomplie ! Pire, j’ai fondu de bonheur en écoutant des airs émouvants à souhait. Le duo final de Fiordiligi et Dorabella, quel déchirement ! Et Despina, qu’elle est drôle ! Ouais, c’est vrai que quand même, c’est pas mal Mozart...
Et puis un jour ma prof de piano mit sur le pupitre une partition d’une “Fantaisie” (en do mineur KV 397). Quand j’ai vu le nom du compositeur, j’ai commencé à bouder. Et le titre ne me disait rien qui vaille... Le plus souvent, les morceaux avec des titres “légers” se révèlent être de véritables pensums truffés de pièges et de difficultés dont le seul but évident est de torturer les apprentis musiciens. Les scherzi, divertimenti et autres fantaisies sont toujours de véritables chausse-trappes, juste après les études. Les compositeurs ont toujours écrit leurs “Études” lors de crises de sadisme absolu. Les préludes aussi, d’ailleurs. Bref. La Fantaisie de Mozart promettait de m’empoisonner pendant un bon moment : six pages de partition “seulement”, mais en C barré (déjà, il faut compter à la blanche, c’est tout écrit en triolets de croches - du moins au début), changements de clé à la main gauche à tout bout de champ, brusques changement de tempo pour des gammes avec des altérations accidentelles en veux-tu en voilà, tout ça à faire presto et sans se planter (et en croisant les mains sinon c’est pas marrant), un petit changement d’armure en cours de route parce qu’on passe en Ré majeur (et pourquoi pas en Fa majeur, hein, histoire de garder les mêmes altérations, c’était trop simple, peut-être ? [6] Sur le papier, pour la débutante que j’étais, l’horreur absolue. En plus, c’était du Mozart. J’ai commencé à déchiffrer en ronchonnant. Et quinze jours plus tard je jouais par cœur l’un des morceaux qui m’a donné le plus de plaisir au piano. Honnêtement, j’aime pas trop la fin. Mais alors la première page, ouawwww (et pourtant c’est pas la plus facile)... La voilà, cette première page, jouée au pianoforte par Luc Devos :
Il ne reste plus aujourd’hui que mon prof de clarinette qui désespère. Sa cause est perdue. Le Concerto pour clarinette (en Fa majeur KV 622), j’y arrive pas (à écouter - jouer, je n’essaie même pas, d’abord j’ai pas envie). J’aime pas ce concerto, rien à faire. Même les solos de clarinette n’arrivent pas à me toucher. Je suppose qu’à un moment ou à un autre de mon apprentissage je devrai me frotter à cette partition... Je ne sais pas encore quelle ruse je vais bien pouvoir trouver pour refuser de m’y mettre sans vexer le prof. On verra, pour l’instant je débute, on a le temps de voir venir.
On l’aura compris, Mozart, à part quelques exceptions, c’est pas mon truc à moi. Alors j’ai été étonnée de trouver tant de disques sur mes rayons de ce compositeur qui m’intéresse si peu... Oh, il n’y en a pas des dizaines, mais quand même. Plus que de Gershwin, par exemple. C’est pas logique.
Voici donc les enregistrements que j’ai chez moi.
Le Nozze di Figaro
Concerto Köln - dir. René Jacobs. Véronique Gens, Patrizia Ciofi, Angelika Kirchschlager, Lorenzo Regazzo, Simon Keenlyside. Harmonia Mundi, 3 CD + livret (HMC 901818.20). Enregistré en 2004.

Aucun souvenir précis de ce disque... Je ne me souvenais pas de sa présence dans mon bazar. Je l’avais acheté parce qu’une représentation était programmée, et que je mettais un point d’honneur à aller à chaque concert en connaissant l’œuvre (et le compositeur, et l’orchestre, et les solistes, et le chef) que je devais critiquer pour le canard. Je dépensais pour un papier au moins cinq fois la somme qu’il me rapportait, mais que voulez-vous, quand on croit (bêtement) qu’il faut obligatoirement travailler sérieusement, on fait ce genre d’ânerie. Donc j’ai cet opéra chez moi et j’ai dû l’écouter trois ou cinq fois, il y a longtemps. Et je l’ai oublié. Je vous en offre un tout petit extrait : le début de la Sinfonia (ouverture de l’opéra, dans laquelle sont exposés les différents thèmes développés au fil de l’œuvre).
Et puisqu’on est là pour rigoler, tiens : une deuxième version de cette Sinfonia, interprétée cette fois par le Chœur de chambre de Namur et La Petite Bande, sous la direction de Sigiswald Kujiken. Avec Huub Chaessens, Patrizia Biccire, Werner van Mechelen, Christiane Oelze, Monika Groop, Béatrice Cramoix, Harry van der Kamp, Yves Saelens, Philip Defrancq, Jean-Guy Devienne, Marie Kujiken. Enregistré en 1998.
On ne va pas s’amuser à faire une étude musicologique, mais voici deux excellents enregistrements, d’égale valeur, à mon sens. Et pourtant vraiment différents. Tout ça pour dire qu’une partition, même si tout est marqué dessus, est véritablement “recréée” à chaque interprétation, et se trouve transfigurée en fonction des musiciens, du chef, des instruments, du lieu... Et tout ça pour dire aussi que j’en ai un peu marre d’entendre toujours dire par quelques pseudo-cultureux dans le vent qu’un interprète est tout sauf un artiste. Et ta sœur ? Bon, bref.
21 Concertos pour piano
Christian Zacharias. EMI, 8 CD et un tout petit livret (7243 5 72171 2 5). Je vous passe la liste des orchestres. Enregistré entre 1982 et 1991.

L’intégrale des concertos, interprétée par un pianiste génial. Ce coffret de 8 CD était un achat “obligatoire” : on ne peut pas être journaliste culturelle et ne pas avoir la possibilité, dans l’instant, d’écouter un concerto. Remarquez, je n’ai pas acheté les symphonies, qui sont jouées bien plus souvent... Mais l’avantage avec les concertos, c’est l’instrument soliste, et, en l’occurence, un instrument que je connais plutôt bien. Donc je me contentais d’écrire dans le Progrès que le public avait vachement aimé la symphonie “Prague” ou “Jupiter” ou “Linz”, de toute façon j’avais lutté contre le sommeil pendant le concert. En revanche, je pouvais dire des trucs à peu près intelligents au sujet des concertos pour piano. Sauf que, dans une ville où l’orchestre est symphonique (et surtout lyrique, d’ailleurs), on joue 20 symphonies pour un concerto. C’est pas grave, de toute façon un disque avec Zacharias au piano ne peut pas être un mauvais disque. Le pianiste est venu cette année à la Halle aux grains à Toulouse. Je ne suis pas allée l’écouter. Je l’ai fait exprès. Je ne vais plus à aucun concert, ça me brise le cœur de n’avoir rien à écrire, pour personne, à l’issue du spectacle.
Je vous propose un extrait du fameux concerto “Du Couronnement” (n° 26 en Ré majeur, K.537) : le 2e mouvement, “Larghetto” (avec l’Orchestre symphonique de la radio bavaroise, dir. David Zinman).
Toujours dans la rubrique “Rions z’un peu”, voilà une deuxième version du même extrait. Avec Derek Han au piano, et le Philharmonia orchestra dirigé par Paul Freeman.
Je ne sais pas lequel je préfère. Peut-être la version Derek Han, quoi que... Zacharias est pas mal non plus. Oh là là, c’est compliqué la musique.
Catherine Collard-Intégrale inachevée (Volume 1 - 1991)
Lyrinx, 1 CD avec livret (distr. Harmonia Mundi - LYR113). Enregistré en 1991, comme le titre l’indique, sur un piano Steinway.

Un disque acheté parce que c’est Catherine Collard. Elle aurait pu jouer la Danse des canards, j’aurais acheté quand même. Là, ce sont trois Sonates pour piano de Mozart : 12e sonate en Fa majeur KV 332, 15e sonate en Ut majeur “Facile” (tu parles, je l’ai jouée, j’aimais pas et en plus c’était pas si facile que ça) KV 545, 14e sonate en ut mineur KV 457. Et une Fantaisie en ut mineur KV 475 qui se balade au milieu, allez savoir pourquoi. Jolie fantaisie, d’ailleurs, jugez plutôt, on dirait le père Ludwig, jamais je ne devinerais que c’est Mozart si on me faisait écouter en aveugle :
Et voilà le même morceau, mais interprété au pianoforte par Luc Devos (1991).
Bah oui, à l’époque de Mozart, les pianos tels qu’on les connaît aujourd’hui n’existaient pas. Il y avait des clavecins, des orgues positifs, des épinettes, des trucs à clavier un peu expérimentaux dont le pianoforte était le spécimen le plus abouti. Un instrument proche de notre piano actuel, son ancêtre direct, même. Sauf que ça sonne bastringue. Je préfère la version Collard, plus sombre, plus dramatique. Même si la version Devos est plus “exacte”.
Concertos pour violon
Simon Standage, soliste. The Academy of ancient music, dir. Christopher Hogwood. Decca, 1 CD avec livret rikiki (470 247-2). Enregistré en 1991.

Voilà le type-même de disque que je n’aurais jamais acheté. Pourquoi ? À cause de la photo de la pochette. Exactement le type de photo qu’il y avait sur les 33 tours de mes parents, avec cette horrible Petite Musique de nuit. Quand je vois un disque avec ce genre d’image, paf, le traumatisme enfantin refait surface, avec une musique mièvre et sirupeuse, beurk... Alors pourquoi je l’ai, ce disque ? Parce que je n’ai pas renvoyé à temps la carte-réponse au Grand Disque du mois. Ça m’apprendra. L’autre fois où j’ai oublié, c’était pire : le concert du Nouvel An à Vienne avec Karajan, rien que des valses de Strauss, le cauchemar. Je ne suis plus membre du Grand Disque du mois, ça limite la casse. Ceci dit, il ne doit pas être mal, ce disque. Déjà, ce sont des concertos, je préfère ça aux symphonies ; au moins, il se passe quelque chose entre le soliste et l’orchestre. Écoutons voir... Voilà le début du 3e mouvement du concerto n°1 en Si bémol majeur K 207 ; moi ça me crispe, mais après tout, y’a des gens beaucoup plus calés que moi qui adorent.
Et la fête continue, avec cette autre version, que je trouve beaucoup plus agréable, interprétée par Emmy Verhey au violon, avec le Concertgebouw chamber orchestra dirigé par Eduardo Marturet (enregistré en 1989) :
Le Requiem
Orchestre de l’académie de musique Frédéric-Chopin de Varsovie, Chœur de chambre de Pologne, dir. Przemyslaw Stanislawski. Cirque et passions, 1 CD avec quasiment pas de livret (CP80). Enregistré en 1996.

Oui, quand même, je l’ai, ce fichu Requiem. Ce disque est celui que j’ai acheté à la sortie du concert à Saint-Étienne. C’est donc le mauvais orchestre, avec le mauvais chef et les mauvais choristes, qui figurent sur cet enregistrement. Alors d’accord, cette interprétation, tous comptes faits, est assez bizarre. Je ne sais pas où ils courent comme ça, pourquoi ils sont si pressés, s’ils ont un train à prendre... S’ils se dépêchaient moins, peut-être qu’ils chanteraient juste. Je crains surtout que, pour satisfaire un public qui se laisse souvent éblouir par des effets un peu artificiels, cet ensemble ait tout simplement choisi d’en mettre “plein la vue” en jouant très vite. Un artifice qu’on rencontre aussi, parfois (non, souvent), dans les récitals de piano et de violon (solistes). Jouer vite et fort, c’est s’assurer l’admiration et beaucoup d’applaudissements. Mais ce n’est pas forcément faire de la musique. Quoi qu’il en soit, ce mauvais orchestre-là, je lui dois une fière chandelle. Alors je lui pardonne. Et je vous donne un petit extrait de mon passage préféré : le Confutatis.
Aïe... Ça faisait un moment que je ne l’avais pas écouté... Franchement, c’est vrai qu’ils ne sont pas terribles. Bon. Alors en voilà une version qui tient debout, avec Nicol Matt dirigeant le Chamber choir of Europe et le Süddeutsches kammerorchester Pforzheim (solistes : Pamela Heuvelmans, Barbara Werner, Robert Morvaj, Thomas Pfeiffer, enregistrement de 2001).
Aaaah, que c’est beau... Vous la sentez, là, la boule qui grossit dans votre poitrine et envahit votre gorge ? Hein ? Hé hé, c’est chouette, Mozart... J’ai une troisième version du Requiem, mais vous y échapperez : elle est sur cassette. Elle date de 1984, j’étais jeune, les CD étaient encore rares et les cassettes étaient le moyen le plus économique d’acheter des enregistrements. Ce Requiem-là était signé, déjà, Christopher Hogwood, avec son Academy au grand complet, chœur et orchestre, soutenus pour l’occasion par le chœur de garçons de la cathédrale de Westminster. Il faut que je trouve un lecteur de cassettes pour écouter ça...
Cosi fan tutte
Concerto Köln, dir. René Jacobs. Véronique Gens, Bernarda Fink, Werner Güra, Marcel Boone, Pietro Spagnoli, Graciela Oddone. Harmonia Mundi, coffret 3 CD + CD-Rom + livret (HML 5901663.65). Enregistré en 1999

Le seul opéra (de Mozart) dont je puisse chanter un air de mémoire, sans confondre avec autre chose. J’ai expliqué pourquoi un peu plus haut. Cette édition est vraiment magnifique : dans un coffret, le livret français/italien dans un format lisible (pas besoin de loupe, pour une fois, pour suivre les paroles), l’opéra sur 3 CD et surtout un CD-Rom très très beau, bien fichu, extrêmement documenté tout en restant accessible aux néophytes (les élèves d’écoles stéphanoises ont testé sans ménagement le CD-Rom, si ça ne leur avait pas plu faites-moi confiance qu’ils l’auraient dit, les affreux). Moi même personnellement dans la revue de presse du machin, je suis vachement fière, et, oui, quand même, une très belle musique. D’accord. C’est ça l’essentiel. Le début de l’Ouverture :
Et cadeau final, voilà l’autre version que j’ai chez moi, et que je préfère à celle de Jacobs, à qui je reproche d’aller généralement d’aller trop vite, voire de précipiter. Mais bon, c’est une affaire de goût. N’empêche que l’interprétation de Sigiswald Kuijken, avec sa Petite Bande (orchestre + chœur) me semble bien plus audible :
On a donc fait le tour, à peu près, de ma discographie. Je n’ai pas cité les morceaux épars çà et là dans des “compiles” encartées dans les magazines spécialisés, on va pas faire les fonds de tiroirs, non plus. On ne s’attardera pas davantage sur le Concerto pour clarinette que j’ai sur une cassette de 1988, avec Charles Neidich au cor de basset, accompagné par l’Orpheus chamber orchestra (y’a pas le nom du chef, et puis j’ai dit ce que je pensais de ce concerto, si vous voulez l’écouter ben... vous l’achetez. Non mais.)
Sauf que.
Coup de théâtre.
Vous êtes au courant, hier c’était Noël. Le temps des cadeaux, tout ça. Alors moi je l’ai eu mon cadeau. J’en suis pas revenue. Une boîte grosse comme celles qui servent à emporter les bûches de chez le patissier, vous voyez un peu le gabarit, et dedans... 170 CD, l’intégrale de Mozart. Pratiquement 170 heures de musique, soit une semaine non-stop ! Eh bien vous savez quoi ? J’étais rudement contente. C’est vrai que pour à peine plus cher il y avait l’intégrale de Bach. Pourquoi l’homme de ma vie, qui connaît mes goûts (en principe), a-t-il choisi de m’asséner, comme ça, 170 disques de Mozart ?

C’est de cet énorme coffret que sont extraites toutes les "deuxièmes versions" des morceaux que je vous ai fait écouter. De très belles versions, ma foi... C’est de ce coffret également qu’est issu l’extrait de la Fantaisie KV 397 que ma prof m’avait fait découvrir.
Allez, pour finir en beauté, je vous livre enfin une info. Enfin... Je crois que c’en est une. Il existe un site internet qui propose, en téléchargement libre (format .pdf) toutes les partitions : Neue Mozart-Ausgabe. Un catalogue (allemand/anglais) permet de sélectionner une œuvre grâce à un formulaire de recherche très efficace. C’est pas fabuleux, ça ? L’utilisation de ces partitions est autorisée “pour une étude personnelle et pour un usage éducatif et pédagogique”. Avec ça, l’intégrale de l’œuvre enregistré et celle des partitions, où vais-je bien pouvoir trouver le temps d’écouter le disque que mon fiston a reçu pour étrenne ? Grand Corps malade, vous connaissez ?
[1] KV 525 (ou K.525) : les œuvres de la plupart des “grands” compositeurs sont recensées dans des nomenclatures où elles sont numérotées. Ceci permet d’identifier une œuvre à coup sûr, ce moyen d’identification étant bien plus sûr que le seul titre (que l’on peut retrouver en d’innombrables exemplaires pour un même compositeur, qui a généralement écrit une multitude de “Fantaisies”, de “Sonates pour piano”...)
[2] Générale : la répétition générale est la dernière répétition avant la “première”, qui est la première représentation publique. C’est au cours de la générale que les journalistes se font une idée du concert qu’ils devront annoncer aux lecteurs.
[3] Diapason : pour faire simple, le diapason donne la fréquence en hertz d’une note donnée (le “la”). Or, au fil du temps, cette fréquence change, et tend à toujours augmenter. Aujourd’hui, le “la” est à 440 mais on le rencontre de plus en plus souvent à 445 Hz. À l’époque baroque (XVIe siècle), le diapason était beaucoup plus bas : 415 Hz. Et ça fait une sacrée différence. Voici la hauteur du “la”445 :
, et celle du “la”415 :
. Avec un diapason aussi bas, c’est toute la “couleur” d’une œuvre musicale qui est transformée. La musique semble plus “sombre”.
[4] J’étais alors journaliste au service “Culture” du quotidien régional Le Progrès, dans son édition départementale de la Loire.
[5] Lire les articles sur Emmanuelle Bertrand.
[6] Armure et compagnie : Au début d’une partition, sont indiqués la clé (de sol, de fa ou d’ut), la “description” de chaque mesure (à trois temps, à deux temps, à quatre temps), la tonalité du morceau (que l’on reconnaît au nombre de dièses ou de bémols inscrits juste à côté de la clé, permettant de savoir si l’on est en Do majeur, en Sol dièse majeur...) : tout cela forme l’armure. Et ça peut changer en cours de route. C’est la clé qui change (dans ce cas les notes qui n’ont pas changé de place sur la portée ont changé de nom), ou alors le nombre de dièses et de bémols, ou alors le découpage des mesures (on passe de quatre temps à trois temps), ou même tout à la fois. Avant de commencer à jouer la moindre note, on regarde l’armure... Les altérations sont les dièses et les bémols ; elles sont accidentelles lorsqu’elles sont indiquées devant la note, et non à l’armure.
Merci pour cette page, j’ai découvert quelques airs de Mozart que je ne connaissais pas et c’est bien agréable.
A chaque fin de morceau que tu nous fais écouter, je bricole mon enceinte pour écouter la suite, je crois que le son est trop bas, qu’elle ne marche plus....
Pour quelqu’un qui te laisse indifférente, tu sais drolement bien pointer des aspects les plus émouvants de son œuvre. En ce qui concerne le concerto pour clarinette, c’est vrai, ce n’est pas très émouvant, ni le quintette. T’inquiète pas, tu jouera Weber à la place. C’est largement plus profond.
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